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samedi 22 septembre 2007

Le Reste n'a Plus d'Importance

Que peut-on écrire qui n’ait déjà été évoqué dans les nombreux commentaires du message précédent ? Le mot succès est bien sûr celui qui résumera le mieux cette soirée dense et propice en émotions dont la puissance était à la mesure du degré d’alcool de l’excellente vodka servie par les deux gentilles serveuses du bar. Une danoise et une Lituanienne. « Tu es italienne ? » lui demanda Jésou après qu’elle nous ait chanté sa nationalité de son accent slave et fruité. La controverse bat encore son plein sur les charmes respectifs de ces magnifiques spécimen d’humanité, l’une grande, blonde, mince, meulée, l’autre plus petite, brune, discrète, mais au charme indéniable. Notre photographe ne s’y est pas trompé, qui a su aller au-delà de son simple rôle d’observateur pour aller plus avant dans la connaissance de l’autre.
Quant à nous l’attente fut longue jusqu’à notre concert. Le groupe, piaffant d’impatience, s’est peu-être un dispersé en libation, mélangeant quelque peu le blanc de provence et la vodka russe. Mais tout cela se passa somme-toute de manière mesurée, dans la conscience de la responsabilité qui était la notre d’assurer un service de qualité pour le compte de nos hôtes Anne-Marie et Henri Burelle.

Certes il est dur pour des musiciens de concilier l’écoute d’un exposé sur la famille Romanov et la tragédie de cette dynastie intimement mêlée au destin de la Russie, avec les impératifs de la préparation d’un concert et la foule de détails tout aussi essentiels qui l’accompagnent. C’est peut-être en cela surtout que la soirée fut instructive. Les conditions de notre travail étaient particulièrement difficiles. Nous passions après un exposé culturel particulièrement long, puis un duo russe particulièrement bon. Ce dernier avait (sournoisement ?) modifié les réglages de nos micros lors de leur interprétation. La scène était incroyablement exiguë, qui permettait à peine d’accueillir l’ensemble du groupe. Nous nous entassions sur trois niveaux de profondeur dans une forêt de micros et de lutrins, les manches de guitare menaçant à chaque instant de pourfendre telle partie du corps d’un autre musicien. Les choristes étaient sur le bord de la scène, sur un étroit carré d’un mètre de coté. Phil battait la cadence de cette galère depuis un maigre espace ménagé l’arrière du groupe. La scène elle-même n’était pas d’une stabilité à toute épreuve et chacun de mes sauts menaçait l’équilibre du frêle édifice, faisant vaciller les pieds de micros tels des mats sous l’action de la houle, et suscitant l’inquiétude des chanteurs. Situation incroyablement Rimbaldienne tant nous avions l’impression d’être sur un bateau ivre. L’ivresse d’ailleurs n’était pas l’apanage du bateau, certains membres de cet équipage de fortune n’en étaient pas exempts, ce qui compliqua encore un peu notre tâche. Les cordages de l’esquif souffraient également d’un manque de tension, rendant l’exécution des premiers titres « intéressante » surtout dans les basses. Perdu sur l’océan de mes pensées, livré aux éléments déchaînés, seul au milieu de la tourmente dans ma bulle de chant, je ne remarquai pas forcément chacun des incidents qui émailla notre prestation, mais je dus déplorer quelques erreurs d’interprétation qui ajoutèrent encore au sentiment d’urgence et d’incertitude qui nous accompagna tout au long de notre tour de chant. Mais chaque fois que le doute s’insinuait en moi, que la panique tentait de souffler son vent sur notre groupe, de la proue de notre caravelle, je contemplai au loin la terre, dans la pénombre à peine éclairée par les étoiles des spots a demi-éclairés, j’y voyais le public, tel les familles attendant les marins de retour au port, et je pouvais vois leurs corps s’agiter, leurs mains frapper la cadence, j’entendais leur voix reprendre nos refrains, siffler, invectiver, interpeller, et dans leurs yeux, je percevais cette étincelle de plaisir et de joie qui déclenche en moi cette transe, cette intensité que j’ai appris à reconnaître et que j’aime par-dessus tout.

J’aime éprouver ce moment de délivrance, juste après la montée sur scène, alors que la tension est a son comble, alors que le silence se fait et que le temps s’étire en une seconde infinie, que je saisis mon micro, et en un saut de l’ange impeccable je plonge de la falaise, je sens mon corps s’étirer, mon ventre se nouer, mes membres se plomber, mon souffle me quitter : Bonjour AVIGNON ! et toute angoisse me quitte, mon corps parfaitement aligné pénètre la surface de l’eau, comme une lance incisive, sans écume et sans bruit puis s’enfonce avec puissance au plus profonde de l’onde, tandisque la fraîcheur de l’eau me saisit je pousse sur les talons, puis je rejaillis à la lumière, je renais, je m’éveille au monde, je me pénètre de sensations, me gave de sons d’images et d’émotions, mes sens tendus vers cet ailleurs devant moi. Et je chante, enfin !

Le reste n’a plus d’importance….

2 commentaires:

Anonyme a dit…

mitch reste tel que ,ne fais pas de cure de désintoxication,c'est trop bien comme ça.
par contre le leader maximo il devrait en faire une parce que ça m'étonnerait qu'il se soi senti des ailes et le je sais plus quoi d'acier bleuté...
et le bassiste il devra penser à enlever ses boules quiest-ce.
et ce sera le nirvana,allez faut plus grand chose...
catou la camerawoman de l'impossible,c'est pas mal de profil aussi

Anonyme a dit…

le moment de délivrance, vu la description, y me fait plutôt penser à un orgasme
un gros et bon orgasme, en musique en plus
quand je serai grand, je serai chanteur