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dimanche 26 avril 2009

Underground

J'ai eu récemment le privilège d'accompagner Pierrot dans ce qui est un des aspects les plus secrets de sa vie artistique : La recherche de l'inspiration.
Je lui demandais lors d'une soirée quelle était la clé de son processus créatif. Il resta très vague dans sa réponse et je sentis une sorte de gène dans ses propos. Je n'insistai pas sur le moment, mettant son attitude sur le compte d'une méfiance après tout légitime. L'artiste n'aime pas dévoiler ses secrets, et exposer aux yeux de tous l'intime travail de ses émotions au service du difficile exercice que constitue la composition d'une chanson.

Je ne pensais plus à cette conversation lorsqu'un soir je reçus un coup de fil étrange :

« Mitch ? C'est Pierre. Tu m'as demandé comment je m'y prenais pour composer. Si tu veux, retrouve moi devant l'entrée de la buvette du jardin de la fontaine, et tu auras tes réponses.

« A quelle heure ?

« A 2 heures. Au fait, apporte une lampe, de la boisson ambrée. Habille toi avec des vêtements chauds et sombres.

A L'heure dite, je battais le pavé depuis une dizaine de minutes quand Pierrot arriva. Il avait sa guitare et un petit ampli dans un sac a dos.

Après une rapide poignée de main, d'une voix mystérieuse il me dit « suis-moi ».
« Ou ça ?

« Par là, m'indiqua-t-il du doigt, me montrant les sombres et inquiétantes frondaisons du jardin.

Sur ce il partit. Longeant les façades, il s'arrêta devant une des portes cochères, près des grilles du parc. Il appuya sur une sonnette et la porte se débloqua instantanément.
« J'ai trouvé ça il y a quelques mois, un jour que je venais faire un soin à une vieille propriétaire. Si tu sonnes rapidement deux fois de suite, en tirant la porte à toi, ça s'ouvre ! Bon, allez on continue. Pas de bruits surtout !

Par chance j'avais mis mes chaussures à semelles souples et je constatai que Pierrot avait fait de même. Tels deux fantômes, nous empruntâmes un couloir monumental sur une dizaine de mètres. Sur la droite, Pierrot avisa une porte basse : « C'est là qu'ils entreposent les poubelles » expliqua mon guide. Nous pénétrâmes dans une petite pièce. Le sol était bétonné, le plafond voûté incurvait ses ogives sur des murs en pierres apparentes. Pierre alluma sa lampe torche. Il éclaira le fond de la pièce. « Là », me montra-t-il. Un double volet de bois au sol, à moitié dissimulé par des poubelles donnait accès à une cave. « Aide-moi ». Il commença à déplacer les poubelles. Je lui prêtai main forte. La tournure des évènements commençait à m'exciter. Voilà qu'une simple question posée lors d'un cocktail mondain entraînait des évènements pour le moins singuliers. Le Pierrot cachait bien son jeu.

Il souleva les volets, découvrant un escalier qui se perdait dans l'obscurité.
« Pierrot, c'est dingue, on se croirait dans un épisode de Belphégor ! Comment as tu trouvé ce passage ?
« C'est ma patiente, elle voulait m'offrir une bouteille de vin pour me remercier. Elle était constipée depuis plus d'une semaine, et par des massages périnéaux que j'avais appris j'ai pu rétablir son transit. Alors une fois qu'elle a bien tout évacué, elle m'a conduit ici et nous sommes descendus à sa cave. Elle a des tas de bouteilles. Il y a des cognacs qui remontent à 1880, et il lui reste une douzaine de Château D'Yquem de la même période. D'ailleurs elle m'en a donnée une. Il faudra qu'on la goûte.

« Un Yquem ?! Mais sais-tu combien ça coûte une fiole de 1880 ?
« Bah, elle vit toute seule maintenant, elle s'en fout. Ses neveux sont des cons, elle n'a jamais eu d'enfants. Elle préfère en faire profiter les gens qu'elle aime bien. Bon, c'est pas le tout : on continue à discuter oenologie ou bien est-ce qu’on avance ?
« Tu as raison, allons-y.

Nous empruntâmes l'escalier, les disques de lumière de nos lampes accrochant les anfractuosités des murs, et projetant nos silhouettes déformées. Pierrot referma les volets derrière moi. Au bout d'une vingtaine de marches, nous accédâmes à un couloir étroit desservant des caves de part et d'autre. Le Leader fit quelques pas puis stoppa devant une porte. « C’est là ». Il porta sa main au dessus du linteau et promena ses doigts. Son visage s'éclaira : « Ah, voilà ». Il tenait une clé ancienne. Il s'en servit pour manoeuvrer la lourde serrure qui céda en grinçant. Il ouvrit la porte. Un courant froid et humide nous lécha les pieds tandis que nous franchissions le seuil.

La cave était de dimensions respectable : Une trentaine de mètres carrés. Elle était encombrée d'objet divers recouverts d'une séculaire couche de poussière. On comprenait que les lieux n'étaient pas visités souvent. D’un geste il m'indiqua un mur : des centaines de bouteilles reposaient. « Que du bon ! » Commenta-t-il. « Alors c'est là que ça devient intéressant » poursuivit-il. « Tu vois au fond là-bas ? » De la lampe il m'indiqua le coin opposé de la pièce. Une glace monumentale richement décorée, au teint piqué nous renvoya notre reflet estompé par une couche épaisse de poussière. Je constatai qu'elle était appuyée sur un mur, et qu'elle laissait apparaître à moitié une porte basse.
« On va passer par là ». Il ouvrit la porte qui racla contre le sol de terre battue. Sa lampe éclaira l’espace vide derrière. Le faisceau se perdit dans le noir sans rencontrer d'obstacle. Pierrot m'expliqua : "Ma patiente pense que ce couloir date du temps des guerres de religions. Quand les protestants étaient pourchassés pour leur hérésie. Elle m’a indiqué que le couloir faisait plusieurs centaines de mètres et rejoignait le réseau d’égouts mis en place par les Romains.

Nous avançâmes vers l’obscurité. Notre progression était relativement lente car le plafond était bas, nous devions marcher un peu courbés et faire attention aux accidents du sol. Il était constitué de dalles de pierres dont le jointement était rendu approximatif par les effets du temps. Au bout d’une dizaine de minutes, nous franchîmes un seuil, en ouvrant une porte en barreaux de fer qui pivota sans bruits sur ses gonds.
« La dernière fois j’ai apporté une burette précisa Pierre. J’en avais marre qu’elle grince tout le temps.
Nous débouchâmes dans une immense salle. Elle était circulaire, haute de cinq mètres, d’un diamètre équivalent à celui d’une petite place. Une margelle d’une soixantaine de centimètres de large en faisait le tour ; au centre, un bassin de rétention à la surface sombre accueillait les eaux de canaux disposés en étoile disparaissant par des ouvertures à hauteur d’homme. La salle était bien éclairée par des grosses lampes protégées par des grilles. Nous éteignîmes nos torches. Pierrot posa sa guitare et alluma une cigarette. J’en profitai pour m’en rouler une également. Le silence s’installa alors que nous fumions et que les volutes de fumée se perdaient vers une bouche d’aération.

« J’ai du explorer tous ces collecteurs durant plusieurs expéditions, me précisa Pierre. Là on se trouve sous l’entrée Jean Jaurès du Jardin de la fontaine.
Bon, tu as porté une bouteille au fait ?
« Oui, j’ai pris du Glenfiddish, j’ai pensé qu’un whisky bien tourbé serait parfait pour l’occasion. Je lui tendis la bouteille, il en but une ample rasade qu’il ponctua d’un soupir de satisfaction puis me la rendit pour que je puisse à mon tour me réchauffer. En cette nuit d’avril et bien que la température extérieure soit plutôt douce, l’humidité et la fraîcheur du lieu commençaient petit à petit à imprégner nos os. Le feu de la boisson ambrée me fit du bien, et je sentis une agréable chaleur irradier mon corps. Je regardai ma montre : Il était presque 3h.

« Allez, c’est pas là que ça touche comme dirait le Baou ». Les paroles de Pierrot rompant le silence me firent sursauter. Je rangeai la bouteille et le suivis alors qu’il s’engouffrait déjà par un des accès de la rotonde.
« Tiens je vais te montrer un truc me lança-t-il sans se retourner. Nous marchâmes plusieurs minutes. Le canal était rectiligne. Nous marchions sur l’une de ses deux berges. L’odeur n’était pas des plus agréables mais restait supportable. Nous pouvions marcher debout, de loin en loin des ampoules électriques ponctuaient notre progression, constituant un archipel de lumière au long du quel nous voguions.

Nous finîmes par stopper devant une nouvelle grille que Pierrot poussa : Nous avançâmes sur une sorte de vaste terrasse en dalles lisses. Un courant d’air frais m’indiqua que nous étions à l’extérieur, ce que me confirma un regard vers le ciel constellé d’étoiles. Devant moi je vis dans la clarté lunaire des colonnes romaines circonscrivant une surface rectangulaire. Le sol descendait en degré vers une étendue d’eau calme.

« On est dans les termes romains précisa Pierrot. Le Jardin est au dessus. Pas mal hein ? Tu me demandais comment je cherchais l’inspiration, et bien je peux te dire que c’est ici que j’ai composé Juke Box. Protestsong c’était dans la rotonde où nous étions tout à l’heure.

« Je restai sans voix, occupé à explorer des yeux la beauté de l’endroit. Je tentai d’imaginer ces termes du temps de leurs contemporains. Ce puits millénaire que j’essayai ainsi de sonder me procura un court vertige.

« Allez, encore un petit effort et on est arrivé », m’encouragea-t-il. Je le suivis à reculons, pour profiter encore du spectacle serein des termes assoupis puis nous retrouvâmes le canal que nous remontâmes à contre courant, nous enfonçant sous la colline de la Tour Magne.

« Je pense que c’est le collecteur des égouts du quartier de la tour Magne » lança-t-il. Ca doit être un sacré bazar parce que d’un coté il y a les collecteurs, et de l’autre l’eau de la Fontaine. Les deux ne doivent pas se mélanger. Une fois alors que je me promenais, j’ai failli être surpris par une ronde des égoutiers. Je me suis caché, mais après coup je me suis dit que j’aurais du les aborder. Ils m’auraient fait visiter. C’est vachement intéressant ces égouts. Ca suit les rues. Je suis certain que dans la journée un type qui connaît bien le plan peut aller d’un bout à l’autre de Nîmes en un rien de temps !

Il me montra à gauche une désormais classique grille d’accès : "Par là on grimpe un escalier en colimaçon qui conduit aux sous-sols de la Tour Magne. Quatre vingt quinze marches. Et pas en très bon état. Ils étaient prévoyants ces romains et ces huguenots, ils ont relié à peu près tous les bâtiments de Nîmes entre eux. Je suis sur que si on cherchait bien, on pourrait trouver un chemin pour rentrer chez les Desimeur par leur cave, avenue Carnot! Ca ferait une bonne salle de répétition d’ailleurs, tiens…

Nous poursuivîmes notre pérégrination. Pierrot sifflotait. Je marchais derrière lui, perdu dans mes pensées, avec en fond sonore le clapotis de l’eau et les bruits étouffés de nos pas.

« Voilà, c’est là ! » Je levai la tête et sortis de ma méditation. « Tu vois si on continuait par là, on tomberait sur le Castellum, mais pour ce soir, nous allons nous arrêter là ». Il tourna à main gauche et disparut de ma vue. J’eu une courte sensation de solitude, une peur irraisonnée qui sûrement fit appel à des peurs anciennes. Mais rapidement je fus à sa suite. Nous débouchâmes dans une pièce surprenante. Une chapelle.

« Alors là ! Si je m’attendais à ça, fis-je ébahi. Je tournai la tête pour embrasser l’espace réduit dans lequel nous nous trouvions. En face de nous, sur une petite estrade de pierre, un autel massif trônait. Sur le sol dallé, des bancs de pierre étaient disposés sur trois rangs, séparés par une petite allée de trois mètres menant à l’autel. De part et d’autre, sur les murs latéraux des représentations gravées dans la pierre des 12 stations de Jésus, faisaient comme une haie d’honneur. A l’entrée, près de nous à droite, se trouvait un bénitier. Le plus surprenant était qu’il était rempli d’eau. Une eau limpide. Un christ tourmenté sur sa croix nous dominait et irradiait sa passion.

Ca te plait ? Me demanda Pierre, et il s’esclaffa devant ma mine stupéfaite. Pas mal mon studio de répète, non ? Voilà c’est là que j’ai composé Marre et Ecolosong. Tiens, sur ce banc là : Il me montra l’un des deux bancs près de l’autel. Pendant qu’il me parlait, il me dit d’allumer ma lampe. Il fouilla dans son sac, en sorti un de ces dispositifs s’adaptant aux douilles des ampoules pour fournir une prise de courant. Il fixa à nouveau l’ampoule puis brancha son ampli.

« En plus l’acoustique est parfaite ! Et il attaqua le riff de Docteur Bonheur.

J’étais sous le charme, à la fois du lieu, et de la manière dont nous y étions parvenus. Quel étonnant Pierrot, qui nous dissimulait depuis des mois ces escapades nocturnes et nous en ramenait ses exceptionnelles compositions. A la lumière des évènements que je venais de vivre, le travail de Pierrot n’en prit que plus de relief. A nouveau je me laissai entraîner à ma rêverie sous les accords feutrés du Leader Maximo auxquels les murs de la chapelle firent écho, imprimant à la mélodie des allures de musique sacrée.

Comme je pensais que vous ne croiriez jamais cette histoire, j'ai pris la précaution de prendre une photo. Ainsi toute ambiguité sera levée sur la véracité de ce présent récit.

9 commentaires:

Anonyme a dit…

je ne vois vraiment pas pourquoi on ne va pas te croive...
et même que j'aimerais bien viendre avec vous une nuit cause que mon nouveau jouet est encore plus meilleur avec trés pas beaucoup de lumière
tu nous avez dit que tu voulais te lacher, on est pas déçus...
en cherchant bien, il devrait exister un acces pour la SJM ! là, ce serait top !

kéké

Anonyme a dit…

Nagui le disait encore hier soir a la télé.... la drogue, c'est de la merde

C'est vrai, bien sur, mais il faut reconnaitre que pour certains de nos plus grand auteur, rimbaud,verlaine,mitch mazet ça a quand meme beaucoup aidé a leur creatitivité

Petard,il devait etre hard ce petard mon mitch!

poun

Anonyme a dit…

auteurS

The Undertakers 5 a dit…

Moi j'aime me considérer comme un journaliste virtuels d'évènements qui ne se sont pas passés. "mais qui auraient pu"...

Un jour j'aimerais bien écrire des fictions aussi !

Anonyme a dit…

alors c'était pas vrai...
j'chuis déçu !
un concert sauvage dans les égouts, le son par les souterrains : 150 000 auditeurs... ravis !

kéké

The Undertakers 5 a dit…

Poun, pour répondre à ton interrogation sur une éventuelle utilisation de substances psychotropes je me dois de nier farouchement.

Par contre, il est vrai qu'hier soir chez les Unit, nous abusâmes peut-être d'un excellent cocktail : Le Morito. Excellent et très désaltérant.

6 cl de rhum, 2 cuiller à café de sirop de canne, un quartier de citron vert, des feuilles de menthe fraîche et du perrier pour compléter le verre aux deux tiers. Deux glacons. Mélanger.

Boire.
Attendre quelques minutes.
Ecrire.

Anonyme a dit…

rhooooo j'ai vraiment crus que vous y étiez allé parce que moi la nuit je me promène souvent vers la tour magne et il y'a effectivement des sous-terrain mes les grilles sont souvent fermée a clefs :( mes je pense que des lieux comme ça peuvent existé sur Nîmes ;)

Nico

The Undertakers 5 a dit…

Lol.. Du coup ça me donne envie de tenter l'aventure. Si ça se trouve je bénéficie du don de divination. Je crois que j'ai "vu" tout ça, et que la rotonde est exactement comme je l'ai décrite.

'Tin ça me fout la trouille !

Anonyme a dit…

c'est possible car avec mes potes 2 fois par semaine nous faisons une "Excursion" et nous assaillons de trouvé de nouveaux passage et nous pensons qu'il y'a effectivement des passage souterrains reliant tous les monument de Nimes mes il faudrait avoir les passes-partout de toute les grilles bloquant le chemins à ces galeries. si tu arrive a nous dégoté un passe-partout le monde obscure des profondeur de Nîmes pourrait nous ouvrir ses portes :)


nico