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mercredi 23 mars 2011

La Société, Le Deuil, Les Besoins, La Barre Chocolatée Et Les Trois Montagnes du Plaisir

J’écoutais récemment Jean Paul Delevoye à la radio d’Etat. C’est le Médiateur de la République. Comme tous les personnages rompus à la communication, il aime s’exprimer par images et analogies, simplifier et ranger dans des cases, catégoriser, classer afin que les idées s’articulent sur des concepts identifiés, peu nombreux et clairs exprimés en termes lapidaires et facilement compréhensibles du plus grand nombre. But que n’atteint pas, au passage, la phrase que vous venez de lire. Mais il est vrai que je ne suis pas un politique nanti d’un staff conséquent de conseillers de toutes obédiences.

L'accroche des discours et interventions de notre Médiateur tient en trois mots : Espérance, Peur, et Humiliation. Tels sont les sentiments qui mènent et structurent les sociétés selon lui. Et de développer sa théorie au travers d’exemples limpides chers à ceux qui réécrivent, « révisent » l’histoire à la lumière de leur contemporaine sagacité. L’espérance et son déclin s’illustrant par la chute du mur de Berlin et la perte de vitesse des religions et idéologies, peur et humiliations, choisissant chacune son camp : Exploitation de la peur par la Droite, et de l’humiliation par la Gauche. Cette démonstration rappelle, par sa rationnelle et laborieuse tentative de ramener les interactions complexes à quelques formules magiques en forme de recettes les cinq étapes du deuil ou les cinq degrés de la pyramide des besoins de Maslow, et je ne ferai qu’évoquer pour l’anecdote les trois montagnes du plaisir, mentionnées dans une pub plutôt drôle pour une barre chocolatée (DUPLO), il y a quelques années.

Nous sommes ainsi faits que nous comprenons beaucoup mieux ce que nous rangeons dans des cases. Rien de nouveau là dedans, ça fait même partie des ces concepts que nous rangeons avec d’autre idées reçues dans l’un ou l’autre des compartiments de notre mémoire.
Nous avons l’impression d’être beaucoup plus intelligents dès lors que nous qualifions, et nommons ce qui nous entoure même si ça ne modifie pas fondamentalement notre bras de levier sur les forces qui les sous-tendent.
En matière musicale notamment l’application de cette notion fonctionne à plein régime : les patrons des grandes Major qui ne sont souvent que de piètres saltimbanques se raccrochent à leur métier d’éditeur pour se donner l'illusion de créer. Ce sont avant tout des businessmen, ils ont déjà réalisés de bon coups avec telle ou telle locomotive : tout nouvel artiste venant frapper à la porte d’un directeur artistique est évalué à l’aune de ces succès. On parle du Nouveau Dutronc, du Nouveau Gainsbourg, et sûrement bientôt hélas du nouveau Christophe Willem… on tente de se rassurer en habillant des vêtements du mort le nouveau postulant à la célébrité. Et surtout on aime bien mettre le musicien, le chanteur, dans une catégorie –pop, rock, variété, indies, world music- c’est plus pratique pour ranger dans les bacs des supermarchés.

Nous même, Undertakers, fonctionnons sur ce mode : Ainsi sommes-nous persuadés d’être un groupe de rock, et en conséquence sommes réticents à tout apport musical qui n’en respecterait pas les règles –on pourrait dire « le cahier des charges »-. On a vu récemment La fille du Père Noël faire débat quant à sa légitimité en tant que titre « rock », et coté compos, « Reviens » à la ramasse, oscillant entre le plus débridé des Discos et l’austère Blues Root. Les passions se cristallisent : l’une des interprétations possibles se fredonne très facilement, elle est sautillante et légère mais superficielle (normal : elle se chante sur deux notes) façon easy listening l’autre est plus spartiate et lacrymale, difficile à chanter et convenue dans sa forme (cependant elle se joue sur trois notes). On peut dire pudiquement que l’une gagne à l’oubli, et que l’autre « se mérite ». Quand à moi, mon opinion est faite : je nous ai définitivement rangés il y a plusieurs années dans la catégorie Pop-Rock-Nawak !

L’argument avancé par les tenants d’une ligne Rock « canal historique » est que la multiplication des styles risque de brouiller notre image et dérouter notre public (hum), les extrémistes quant à eux voudraient faire danser celui-ci aux rythmes des chansons populaires dans le cadre débridé d’un bal de village d’un quatorze juillet permanent. Il est vrai tout de même que le postulat de départ était que nous étions un groupe de rock, nous en avons fait notre argumentaire et c’est sous cette bannière que nous vendons notre prestation lorsque nous nous produisons sur scène.

Pour reprendre Delevoye, j’espère que nous sommes perçus de cette manière, mais j’ai peur que nous nous bercions d’illusions, d’autant que nous avons déjà subi l’humiliation de l’indifférence voire de la désertion de notre scène par des spectateurs affligés.

En même temps face à un hypothétique succès j’ai franchi les cinq étapes du deuil : le choc, le déni, la colère, la dépression, la résignation, et j’ai gravi un niveau de ma pyramide des besoins : la survie dans le groupe. Pour ce qui est des autres besoins, à savoir sécurité, socialisation, estime de soi et accomplissement personnel (le jackpot sociologique) … à mon avis ce n’est pas pour tout de suite : Undertakers est une jungle, et je ne suis pas Tarzan. Sauf peut-être en ce qui concerne ses qualités vocales. Toutefois, occasionnellement au terme d’un concert satisfaisant, ou d’une répétition correcte, j’ai le sentiment d’avoir franchi un col d’une des trois montagnes du plaisir.

Concernant la répétition, tout le monde était là. On a un peu discuté de la soirée du vendredi pour le concert de César. Les présents ont trouvé ça très bien : excellente technique et un titre surtout a épaté notre Barde : la reprise de Taxman des Beatles. Mais de l’avis des trois présents (Lolo, Pierrot et Christian) c’était ENCORE mieux après l’entracte (comme l’attestent quelques photos hilares autour d’une Tour de Pise de verres dont curieusement il a été impossible de m’envoyer des copies). Non pas que les Titchers aient été meilleurs, au contraire leur son s’est inévitablement effondré, mais plutôt que cette deuxième partie de concert a été vécue à travers le filtre d’une légère euphorie qui gomma les imperfections de Cesar et ses acolytes.

Nous avons balayé de nouveau reprises et compos récentes en insistant sur le titre des Blues Brothers, décidément difficile à se mettre en bouche. Lolo a travaillé ses accompagnements au clavier, notamment sur les deux slows : Behind Blue Eyes et Mad World, mais aussi sur Sweet Home Alabama.
On a également repris le Cochon, Chuppa Chups, mais surtout Reviens dans sa version Disco-nawak qui a bien fait rire tout le monde surtout que j’ai un peu revisité la dernière rime du refrain.

On a évoqué de possibles concerts dont je ne peux garantir la réalité : chez Rémy Leboucq, mais aussi à la fête de la musique. Mais pour cette dernière, çà va faire cinq ans qu’on en parle. De toute façon, de l’avis général : On N’Est Pas Prêt ! Et pour une fois je partage ce sage regard sur notre activité.

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