Je pense que je devrais faire une étude statistique : régulièrement j'ai envie d'arrêter ce truc. Plus le goût, plus l'énergie, plus l'imagination, plus l'ENVIE, plus la NIAQUE. C'est ça surtout. Ne pas refaire la même chose, fuir la routine. Renouveler l'intérêt. Je suis déjà fonctionnaire, je vais pas EN PLUS devenir fonctionnaire du blog ! alors de temps en temps je laisse filer les jours. J'attends. Que ça vienne. Que quelque chose de différent se passe. Et là je suis effrayé je me dis que je dois PRODUIRE au moins vingt messages par mois. Tout ça pour rester dans les quotas, une espèce de culte de la performance et du résultat. Le Taylorisme appliqué à la rédaction de billets : Tenir, continuer, être le reflet de la vie du groupe, montrer qu'on est toujours actif. Mais merde, je suis pas un soutier du net, un galérien de la blogosphère. Ce blog est consacré à des ARTISTES et l'artiste jusqu'à preuve du contraire il a droit de se foutre en carafe, de faire un break, de dire STOP j'en ai plein le cul ASSEZ !
Ou bien le statut d'artiste est-il codifié ? Y-a-til une norme AFNOR, ou ISO 9002 ? ou encore peut-être un décret de compétence ? de CON PETANCE ? Peut-être faut-il avoir une carte, ou un diplôme, ou bien encore entamer une VAE une Validation des Acquis Professionnels ? A partir de quand a-t-on le droit de se définir comme artiste ? les gens normaux comme nous, les amateurs, les art-mateurs d'un coté celui des traine-savates de l'imagination et de la sensibilité, et de l'autre ces putains d'artistes de merde qui se la pètent avec un grand A comme "Ah je ris de me voir si beau en ce miroir cathodique qui me répète à l'envie à quel point je suis bon" au delà de toute décence et ont l'autorisation de manifester leur différence convenue à la face du monde entier sous prétexte qu'on les a mis dans la bonne case ? selon quels critères ? parce qu'on a par ailleurs un MÉTIER, est-on interdit d'artisterie ? ou bien faut-il manifester suffisamment d'excentricité, d'hors-normité, d'énormité, d'humanité pour être assimilé artiste échelon 1 ? mais ça commence à me rompre les couilllllllllllles cet ostracisme : Je vais pééééééééééééééééééééééééTer un câble avec un accent circonflexe : Les UFR c'est ce qui pouvait nous arriver de mieux, alors on y va à fond : y a que ça de VRAI et de toute façon, il y a un HEEEEENORME VIDE entre les 52 mercredi que comptent ces putains d'années alors je VEUX DES COMPOS !! JE VEUX DE l'imAAGInatION et DÉFONCEZ VOUS MERDE : PRODUISEZ CRÉEZ PASSIONNEZ-VOUS FAITES MOI RÊVER VOUS LES MUSICOS QUI AVEZ LA SCIENCE DES NOTES et le pouvoir du RYTHME. Etonnez-moi fascinez moi, époustouflez-moi, faites-moi vibrer, décoller, je veux du sang et des larmes, de la tripe, de la VIBRATION tout au fond du bas-ventre, le long de la colonne vertébrale, de part et d'autre du pelvis. Je veux du sensuel du sexuel de l'irrationnel, du passionnel, de l'émotionnel. ET VOUS LES LECTEURS CHRONIQUEURS DE CE FORUM DES AMIS NIMOIS : nE NOUS ABANDONNEZ PAS. CONTINUEZ A NOUS PORTER.
Je veux de l'exagération de l'outrance du pas correct, de part et d'autre des sentiers battus mais surtout pas au milieu des rails, je veux pas du tiède, du ventre mou, du patricien, du soft du gris du bien pensant, de l'acceptable et du calibré. Je veux du NOIR et puis du BLANC, du contraste de la HAINE et de l'amour, de l'emporte-pièce et surtout pas de la demi-mesure. ON EST DES ROCKERS, alors arrachez-vous les tripes, montrez que vous n'êtes pas encore MORTS et déjà à la RETRAITE !
Voila, c'est tout ce que j'avais à dire.
Ah, au fait : Je m'appelle Michel, et ça fait cinq semaine que j'ai arrêté de fumer. (l'assistance, bienveillante : Bonjouuuuur, Michel)
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jeudi 4 novembre 2010
mardi 11 mai 2010
Autofiction à la Française Autour d'un Concert
Les choses ne sont pas tout à fait passées comme ça, et les sentiments décrits ne sont pas exactement ceux qui ont été éprouvés. Voyons cela comme une autofiction, prenant racine dans une réalité un peu décalée, déformée. C’est la mode chez les écrivains français.
C‘est pourquoi je ne lis que des auteurs étrangers !
Le concert du Mas Merlet…
Que peut-on en dire ? -Que puis-je en dire plutôt ?- Puisque fidèle à la subjective perception des évènements qui est la mienne, je ne prétends aucunement traduire le sentiment du Groupe.
Il ne s’agit là que d’impressions fugaces, parfois informulées, effleurant à peine le seuil de ma conscience dont j’essaie de percer le sens, qui ne sont en définitive que des interprétations viciées de la réalité, au travers du prisme déformant de ma propre sensibilité.
Pour en quelque sorte me dédouaner par avance, je citerai deux échanges que j’eus avec des filles de notre groupe d’amis, assez emblématique je crois de la perception qui fut la mienne ce soir là et de la vision qu’en eut le public, tant la distance fut grande entre la charge émotionnelle que j’y mis, comme si ma vie en dépendait, et la vision beaucoup plus simple et objective, distanciée, de l’assistance pour laquelle il ne s’agissait là que de l’un des éléments du décors de cette soirée, une sorte d’écrin propre à mettre en valeur un joyau évènementiel autrement plus important.
A la première de mes interlocutrices, avec une pointe d’amertume et un léger sentiment de blues, j’expliquai que je n’avais pas dû être bien terrible puisqu’à l’issu du concert personne n’avait tenté de me donner le moindre avis sur ma prestation, fut-il bon ou mauvais. Pas un regard, pas un signe de sympathie, Rien. Le néant. J’avais traversé comme une ombre une foule d’une centaine de personnes, dans un état de transparence total. Je me sentais inexistant, même pas mauvais, juste ignoré. Je conclus avec une triste ironie en me lamentant sur le fait que j’étais l’unique chanteur d’un groupe, auquel personne ne prêtait attention.
Elle marqua une pause, ouvrit la bouche puis se ravisa, et me rétorqua avec un rien de cruauté qu’en d’autres temps elle aurait trouvé des mots pour me réconforter, mais qu’en effet c’était comme ça, on ne pouvait rien y faire : j’étais inexistant. Je devais m’y résoudre. Sur ce, elle me tourna le dos et vaqua à des occupations plus festives emportant avec grâce son verre de rosé. J’allai au bar me servir un drink.
La deuxième assistait à un dialogue que j’avais avec P. Bien sur nous évoquions le concert et ses différents temps et j’entonnai de nouveau le couplet de l’auto flagellation. Excédée la jeune femme me cria « Mitch, tu fais chier : C’était très bien. Arrête de te prendre la tête !».
J’en conviens je suis un chieur. De plus la soirée était celle de Philou, et c’était vers lui légitimement, que les attentions se portaient, à quoi bon se faire un cinéma pareil pour un truc sans grande importance finalement ?
Cependant je ne pouvais m’empêcher de repenser au déroulement du concert qui me laissait une impression mitigée. Au long des morceaux j’avais eu le sentiment que notre groupe se délitait, que nous n’étions pas tout à fait au jeu, distraits, un peu désinvoltes, absents, sans cohésion, chacun menant son propre combat, enfermé dans sa bulle. Observant mes camarades, épiant les réactions du public dont je remarquai à mesure le reflux, comme la mer qui se retire vers sa basse marée, découvrant les fonds vaseux et désolée jusque là cachés par la surface reflétant un ciel aux tons progressivement menaçants, je conçus au fil des minutes un sentiment de malaise très perturbant qui altéra mon comportement. Moi qui puis être si démonstratif, j’eus les plus grandes difficultés au fil des morceaux à me mouvoir, à me déplacer. Je me sentais emprunté, gauche. Je chantai mécaniquement en observant chacun de mes compagnons, en proie à une inquiétude croissante face aux signes de flottement que je croyais déceler dans leur posture, leur jeu, leurs mimiques, leurs commentaires, leurs regards qui se croisaient interrogatifs et incertains.
Par contraste je me réjouis au spectacle de nos Desimettes. Je surpris sur leur visage la joie pure qui avait été la notre quand inconscients nous nous étions jetés à corps perdu dans l’aventure de notre premier concert. Le plaisir brut d’avoir réussi quelque chose ensemble, et de l’avoir partagé devant et avec les autres. L’adrénaline, le sang qui coulait plus vite dans nos veine, la griserie ; mieux, l’ivresse : l’absence de tout questionnement, l’insouciance et les torrents d’énergie qui irriguaient notre jeu collectif, foutraque, désordonné, approximatif, mais vivant et communicatif. Je me pris à les envier pour ce plaisir qu’ils éprouvaient, et qui me boudait ce soir.
Par la suite j’eu des avis contradictoires, certains nous donnant un satisfecit, d’autres soulignant des absences, ou des défauts techniques au niveau du son bien que ceux-ci fussent jugée mineurs au regard de certaines de nos prestations les plus catastrophiques. Des commentaires assez cliniques, dépassionnés, techniques. Tièdes. La routine en définitive : tous commentaires en tous cas auxquels il convenait d’être habitué depuis le temps que nous nous produisions en public, et qui devaient conforter un détachement abreuvé aux mamelles de l’expérience.
Tout ce long et introspectif préambule pour expliciter mon sentiment : C’était correct, ce n’était en aucun cas inspiré. C’était plutôt professionnel, à la lisière de la propre et quadrangulaire rectitude que professe notre batteur, chacun d’entre nous ayant assuré le minimum pour que « ça passe ». Sans passion.
On voudrait tellement découvrir encore et encore le secret de cette pierre philosophale qui fait qu’un évènement musical puisse devenir inoubliable aux oreilles du public et aux cœurs des musiciens…
C‘est pourquoi je ne lis que des auteurs étrangers !
Le concert du Mas Merlet…
Que peut-on en dire ? -Que puis-je en dire plutôt ?- Puisque fidèle à la subjective perception des évènements qui est la mienne, je ne prétends aucunement traduire le sentiment du Groupe.
Il ne s’agit là que d’impressions fugaces, parfois informulées, effleurant à peine le seuil de ma conscience dont j’essaie de percer le sens, qui ne sont en définitive que des interprétations viciées de la réalité, au travers du prisme déformant de ma propre sensibilité.
Pour en quelque sorte me dédouaner par avance, je citerai deux échanges que j’eus avec des filles de notre groupe d’amis, assez emblématique je crois de la perception qui fut la mienne ce soir là et de la vision qu’en eut le public, tant la distance fut grande entre la charge émotionnelle que j’y mis, comme si ma vie en dépendait, et la vision beaucoup plus simple et objective, distanciée, de l’assistance pour laquelle il ne s’agissait là que de l’un des éléments du décors de cette soirée, une sorte d’écrin propre à mettre en valeur un joyau évènementiel autrement plus important.
A la première de mes interlocutrices, avec une pointe d’amertume et un léger sentiment de blues, j’expliquai que je n’avais pas dû être bien terrible puisqu’à l’issu du concert personne n’avait tenté de me donner le moindre avis sur ma prestation, fut-il bon ou mauvais. Pas un regard, pas un signe de sympathie, Rien. Le néant. J’avais traversé comme une ombre une foule d’une centaine de personnes, dans un état de transparence total. Je me sentais inexistant, même pas mauvais, juste ignoré. Je conclus avec une triste ironie en me lamentant sur le fait que j’étais l’unique chanteur d’un groupe, auquel personne ne prêtait attention.
Elle marqua une pause, ouvrit la bouche puis se ravisa, et me rétorqua avec un rien de cruauté qu’en d’autres temps elle aurait trouvé des mots pour me réconforter, mais qu’en effet c’était comme ça, on ne pouvait rien y faire : j’étais inexistant. Je devais m’y résoudre. Sur ce, elle me tourna le dos et vaqua à des occupations plus festives emportant avec grâce son verre de rosé. J’allai au bar me servir un drink.
La deuxième assistait à un dialogue que j’avais avec P. Bien sur nous évoquions le concert et ses différents temps et j’entonnai de nouveau le couplet de l’auto flagellation. Excédée la jeune femme me cria « Mitch, tu fais chier : C’était très bien. Arrête de te prendre la tête !».
J’en conviens je suis un chieur. De plus la soirée était celle de Philou, et c’était vers lui légitimement, que les attentions se portaient, à quoi bon se faire un cinéma pareil pour un truc sans grande importance finalement ?
Cependant je ne pouvais m’empêcher de repenser au déroulement du concert qui me laissait une impression mitigée. Au long des morceaux j’avais eu le sentiment que notre groupe se délitait, que nous n’étions pas tout à fait au jeu, distraits, un peu désinvoltes, absents, sans cohésion, chacun menant son propre combat, enfermé dans sa bulle. Observant mes camarades, épiant les réactions du public dont je remarquai à mesure le reflux, comme la mer qui se retire vers sa basse marée, découvrant les fonds vaseux et désolée jusque là cachés par la surface reflétant un ciel aux tons progressivement menaçants, je conçus au fil des minutes un sentiment de malaise très perturbant qui altéra mon comportement. Moi qui puis être si démonstratif, j’eus les plus grandes difficultés au fil des morceaux à me mouvoir, à me déplacer. Je me sentais emprunté, gauche. Je chantai mécaniquement en observant chacun de mes compagnons, en proie à une inquiétude croissante face aux signes de flottement que je croyais déceler dans leur posture, leur jeu, leurs mimiques, leurs commentaires, leurs regards qui se croisaient interrogatifs et incertains.
Par contraste je me réjouis au spectacle de nos Desimettes. Je surpris sur leur visage la joie pure qui avait été la notre quand inconscients nous nous étions jetés à corps perdu dans l’aventure de notre premier concert. Le plaisir brut d’avoir réussi quelque chose ensemble, et de l’avoir partagé devant et avec les autres. L’adrénaline, le sang qui coulait plus vite dans nos veine, la griserie ; mieux, l’ivresse : l’absence de tout questionnement, l’insouciance et les torrents d’énergie qui irriguaient notre jeu collectif, foutraque, désordonné, approximatif, mais vivant et communicatif. Je me pris à les envier pour ce plaisir qu’ils éprouvaient, et qui me boudait ce soir.
Par la suite j’eu des avis contradictoires, certains nous donnant un satisfecit, d’autres soulignant des absences, ou des défauts techniques au niveau du son bien que ceux-ci fussent jugée mineurs au regard de certaines de nos prestations les plus catastrophiques. Des commentaires assez cliniques, dépassionnés, techniques. Tièdes. La routine en définitive : tous commentaires en tous cas auxquels il convenait d’être habitué depuis le temps que nous nous produisions en public, et qui devaient conforter un détachement abreuvé aux mamelles de l’expérience.
Tout ce long et introspectif préambule pour expliciter mon sentiment : C’était correct, ce n’était en aucun cas inspiré. C’était plutôt professionnel, à la lisière de la propre et quadrangulaire rectitude que professe notre batteur, chacun d’entre nous ayant assuré le minimum pour que « ça passe ». Sans passion.
On voudrait tellement découvrir encore et encore le secret de cette pierre philosophale qui fait qu’un évènement musical puisse devenir inoubliable aux oreilles du public et aux cœurs des musiciens…
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samedi 10 avril 2010
dimanche 4 avril 2010
Sisyphe Etait Un UFR
Il n’y a plus de femmes aux répètes en ce moment. Après tous ces mois de mixité, ça me déroute un peu. Lolo invitait du monde chez Alexandre, (mais pas nous), par conséquent le piano a été relégué dans un coin, abandonné, muet, dévolu à la tache subalterne de tablette sur laquelle poser nos verres et cendriers.
Par contre un revenant des âges anciens des UFR est venu nous honorer de sa présence. Je lui avais rappelé lors de l’anniversaire de Hub son poste de choriste honoraire et historique, l’un des fondateurs du premier carré (qui était en fait un pentagone). Je lui avais suggéré, à l’instar de ces réservistes qui accomplissent régulièrement des périodes, de venir se remettre à niveau pour la séance du mercredi. On ne sait jamais, tout peut arriver lui expliquai-je : une défection de dernière minute, une épidémie de gastro foudroyante, bref tout évènement indésirable qui pourrait nous amener à battre le rappel des troupes en un temps très court. Ca l’a séduit, lui qui attegnit à la force du poignet le grade émérite d'adjudant de réserve je crois dans ce corps d’élite, pépinière d’esprits novateurs et de talents hors du commun, synonyme de courage d’engagement et d’abnégation que l’ensemble des nations civilisées nous envient : la gendarmerie nationale.
Je fais d'ailleurs illico un bref distingo : Il ne faut pas confondre l'adjudant de réserve avec l'adjuvent de synthèse bien qu'en fait la différence soit minime. l'un et l'autre sont des excipients, des trucs qu'on rajoute dans le produit pour en améliorer l'effet, l'un et l'autre apportent le plus souvent de la coloration (le langage de l'adjudant est très coloré, tous les appelés peuvent en témoigner) ou de la texture (l'adjudant dispose dans son vocabulaire de pas loin de trois cents mots tirés le plus souvent de l'excellent texte du manuel militaire). Un point commun surtout : utilisés en grande quantité, ils peuvent devenir très toxiques.
Contre la promesse que nous ne fumerions pas à l’intérieur de la SJM, il avait promis de « venir faire un tour ». Vous savez ce qu’il en est des promesses faites sous le coup de l’émotion suscitée par la chaleur du moment et l’imprégnation alcoolique : Je pensais que tout cela s’évaporerait avec les brumes matinales et la gueule de bois du lendemain, mais j’ai du faire mon mea culpa : Il a tenu parole. En revanche, et c’est un mauvais point qu’il faut souligner, il s’est juste présenté avec sa bonne mine de choriste, sans micro, sans câble, sans livret de chant, sans même une bouteille de quelque chose pour nous remercier de bien vouloir l’accueillir dans le Saint des Saints, la Mecque, le Taj Mahal, le Temple du rock-pop nîmois. Cela signait à mon sens un manque évident de motivation et augurait une attitude désinvolte, d’autant qu’à l’étage Barcelone et je ne sais plus trop quelle équipe s’étrillaient dans une quelconque compétition de foot européenne et que notre Baou entrecoupait ses efforts vocaux de fréquents déplacements au grès des vociférations des supporters.
Mais avant de parler de la séance elle-même, et comme j’ai l’esprit de l’escalier, voici un résumé de la conversation que j’ai eue avec Antoine Sarkis, l’homme orchestre chrétien qui était venu une fois ou deux écouter et même participer à nos répètes, et nous faire part de ses observations. On sait son expertise en matière musicale. Comme Pierrot, c’est un vrai musicien, capable de tirer quelque chose de n’importe quel instrument, du moment qu’on les laisse seuls une ou deux minutes afin de faire connaissance. C’est aussi quelqu’un qui est, comme moi, très intéressé par la sociologie des groupes, à la différence que lui est naturellement enclin à faire en sorte que le lien demeure optimal parmi les gens, dans le style tous unis dans un monde meilleur, tandis que je me pose plutôt en observateur curieux quoique parfois un peu bougon.
Malgré ses dispositions foncièrement altruistes, il m’a avoué que l’épreuve du studio même au sein d’un groupe qui prône l’amour de son prochain (ou de celui d’après), avait été dure et non sans conséquences. Il y avait eu des dissensions, des remises en question, des ruptures, des départs. Le niveau d’exigence demandé, quelque soit l’expertise du musicien, embrasse un champ beaucoup plus large que celui de la simple pratique musicale. Même si l’on n’est pas enclin à la prise de tête, il y a une obligation de résultat dans un contexte d’investissement personnel fort. Cela amène à des remises en question de la pratique de chacun, ce qui ne se fait pas sans dégâts, puisque cela touche à l’aspect artistique, et donc à l’intime conviction personnelle en la matière.
En d’autres termes on est amené à changer certaines choses que l’on pensait acquises, par choix personnel, mais surtout sous la pression des autres. Ce processus est déstabilisant car cela interroge en chacun le sentiment de sa légitimité au sein du groupe dans la fonction qui lui a été assignée. Antoine m’a décrit la montagne de précautions qu’il faut escalader afin de ne blesser personne, mais aussi les chocs frontaux des individualités, souvent bénéfiques, parfois catastrophiques, pouvant aller jusqu’au départ de certains, voire à la dislocation du groupe.
Cela se passe très souvent en studio car la dimension ludique y est très réduite. Le plus souvent, il y a une date butoir, des impératifs économiques ou des contraintes organisationnelles fortes. On se concentre sur le travail à faire, il y a du stress, des attentes, des moments de doute, des résultats qui semblent médiocres, ou en deçà de la production habituelle. Croit-on.
Antoine a souligné combien c’était un leurre. En répète ou sur scène, c’est le plaisir qui prime, qui gomme toutes les imperfections. Celles-ci sont impitoyablement restituées et amplifiées par le studio, d’autant qu’on peut analyser à l’infini telle ou telle prise et déceler les bugs, ou tout simplement les choix d’interprétation qui ne conviennent pas. Dans le feu du live, on est dans un sentiment d’urgence euphorique, du style « ça passe ou ça casse », on est porté dans le meilleur des cas par l’intérêt du public ; dans le cas contraire on fait le dos rond, on accélère le tempo pour que ça se termine le plus vite possible. Tous embarqués sur le même navire, les membres du groupe sont à la manœuvre pour l’amener à bon port, et tant pis si parfois on passe sur des hauts fonds et racle un peu la coque, l’important c’est qu’au final la foule soit rassemblée sur le quai pour saluer les hardis terre-neuvas qui ont arrondis les caps et salués les grains, subis quelques avaries mineures, mais reviennent les cales pleines. Mais, succès ou échec ce sont ceux du groupe. En studio on se retrouve seul face à son interprétation, face au regard critique des autres.

Selon Antoine on n’échappe pas à cette fatalité, il faut l’accepter et quoi qu’il arrive conserver le lien entre les membres de l’orchestre, et faire sien cet adage selon lequel ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort. En définitive, il en va du groupe comme du couple : Association de circonstance, contractuelle (que le contrat soit légal ou moral) qui ne perdure que par la volonté des contractants, laquelle se maintient par le plaisir qu’on en retire. On peut vivre ensemble sans plaisir mais c’est plus compliqué, plus chaotique, moins efficace, ça génère de l’insatisfaction, de la rancœur, des sentiments contreproductifs à l’épanouissement des individus et donc à celui du groupe.

C’est dans une disposition d’esprit relativement neutre que nous avons débuté le M² (Marathon Musical), tel Sisyphe poussant encore et encore son rocher dans l’escarpement d’un K² (montagne) musical. Au long des titres, paradoxalement trop longtemps délaissés malgré les enregistrements, nous avons constaté que les automatismes se perdent à la vitesse des flots assaillant le pied du Mont Saint Michel un jour d’équinoxe alors que les processions du Grand Pardon serpentent en psalmodiant sur les bancs de sable en contrebas, tous oriflammes brandis, derrière les prêtres endimanchés. Mais au-delà de nos approximations, c’est surtout la cruelle absence de notre choriste aux Blanches Mains qui m’a marqué. La réalité s’est durement rappelée à notre souvenir : Le chœur participe pleinement au rendu d’un titre ; il l’habille, l’anime, et son absence a mis en relief mes propres insuffisances. J’ai perdu mes repères, et surtout ma partenaire dans cette sorte de partie de tennis où l’on se renvoie les phrases comme des balles par-dessus le filet. Bien sur il y avait P. et Alain. Mais l’un ne peut pas être efficacement au four et au moulin, tandis-que l’autre m’a rappelé, pour reprendre l’analogie tennistique, le jour où après avoir raté toutes mes balles face à lui, j’ai décidé d’arrêter ce sport. Pour une fois Alain s’est retrouvé dans la situation de celui qui reprend une activité sportive après l’avoir trop longtemps délaissée : manque de technique, manque d’entraînement et de préparation.
Une répète au final qui va grossir les rangs de ces mercredi où la vista n’est pas au rendez-vous, qui sans être absolument médiocre ne marquera pas nos esprits, en tous cas hormis la présence de notre Baou bien sur, car sur le plan musical, il faudra attendre que nous retrouvions notre niveau nominal.
Au moment de se quitter j’ai rappelé à tous ce petit contrat proposé sur Chateaurenard en juin par un collègue médecin avignonnais. L’appât du gain – Cent euros – n’a pas été un argument suffisamment convaincant pour compenser les multiples inconvénients : éloignement, public étranger, heure tardive au regard d’activités matinales le lendemain. La motion n’a donc pas été adoptée.
Par contre un revenant des âges anciens des UFR est venu nous honorer de sa présence. Je lui avais rappelé lors de l’anniversaire de Hub son poste de choriste honoraire et historique, l’un des fondateurs du premier carré (qui était en fait un pentagone). Je lui avais suggéré, à l’instar de ces réservistes qui accomplissent régulièrement des périodes, de venir se remettre à niveau pour la séance du mercredi. On ne sait jamais, tout peut arriver lui expliquai-je : une défection de dernière minute, une épidémie de gastro foudroyante, bref tout évènement indésirable qui pourrait nous amener à battre le rappel des troupes en un temps très court. Ca l’a séduit, lui qui attegnit à la force du poignet le grade émérite d'adjudant de réserve je crois dans ce corps d’élite, pépinière d’esprits novateurs et de talents hors du commun, synonyme de courage d’engagement et d’abnégation que l’ensemble des nations civilisées nous envient : la gendarmerie nationale.
Je fais d'ailleurs illico un bref distingo : Il ne faut pas confondre l'adjudant de réserve avec l'adjuvent de synthèse bien qu'en fait la différence soit minime. l'un et l'autre sont des excipients, des trucs qu'on rajoute dans le produit pour en améliorer l'effet, l'un et l'autre apportent le plus souvent de la coloration (le langage de l'adjudant est très coloré, tous les appelés peuvent en témoigner) ou de la texture (l'adjudant dispose dans son vocabulaire de pas loin de trois cents mots tirés le plus souvent de l'excellent texte du manuel militaire). Un point commun surtout : utilisés en grande quantité, ils peuvent devenir très toxiques.
Contre la promesse que nous ne fumerions pas à l’intérieur de la SJM, il avait promis de « venir faire un tour ». Vous savez ce qu’il en est des promesses faites sous le coup de l’émotion suscitée par la chaleur du moment et l’imprégnation alcoolique : Je pensais que tout cela s’évaporerait avec les brumes matinales et la gueule de bois du lendemain, mais j’ai du faire mon mea culpa : Il a tenu parole. En revanche, et c’est un mauvais point qu’il faut souligner, il s’est juste présenté avec sa bonne mine de choriste, sans micro, sans câble, sans livret de chant, sans même une bouteille de quelque chose pour nous remercier de bien vouloir l’accueillir dans le Saint des Saints, la Mecque, le Taj Mahal, le Temple du rock-pop nîmois. Cela signait à mon sens un manque évident de motivation et augurait une attitude désinvolte, d’autant qu’à l’étage Barcelone et je ne sais plus trop quelle équipe s’étrillaient dans une quelconque compétition de foot européenne et que notre Baou entrecoupait ses efforts vocaux de fréquents déplacements au grès des vociférations des supporters.
Mais avant de parler de la séance elle-même, et comme j’ai l’esprit de l’escalier, voici un résumé de la conversation que j’ai eue avec Antoine Sarkis, l’homme orchestre chrétien qui était venu une fois ou deux écouter et même participer à nos répètes, et nous faire part de ses observations. On sait son expertise en matière musicale. Comme Pierrot, c’est un vrai musicien, capable de tirer quelque chose de n’importe quel instrument, du moment qu’on les laisse seuls une ou deux minutes afin de faire connaissance. C’est aussi quelqu’un qui est, comme moi, très intéressé par la sociologie des groupes, à la différence que lui est naturellement enclin à faire en sorte que le lien demeure optimal parmi les gens, dans le style tous unis dans un monde meilleur, tandis que je me pose plutôt en observateur curieux quoique parfois un peu bougon.
Malgré ses dispositions foncièrement altruistes, il m’a avoué que l’épreuve du studio même au sein d’un groupe qui prône l’amour de son prochain (ou de celui d’après), avait été dure et non sans conséquences. Il y avait eu des dissensions, des remises en question, des ruptures, des départs. Le niveau d’exigence demandé, quelque soit l’expertise du musicien, embrasse un champ beaucoup plus large que celui de la simple pratique musicale. Même si l’on n’est pas enclin à la prise de tête, il y a une obligation de résultat dans un contexte d’investissement personnel fort. Cela amène à des remises en question de la pratique de chacun, ce qui ne se fait pas sans dégâts, puisque cela touche à l’aspect artistique, et donc à l’intime conviction personnelle en la matière.
En d’autres termes on est amené à changer certaines choses que l’on pensait acquises, par choix personnel, mais surtout sous la pression des autres. Ce processus est déstabilisant car cela interroge en chacun le sentiment de sa légitimité au sein du groupe dans la fonction qui lui a été assignée. Antoine m’a décrit la montagne de précautions qu’il faut escalader afin de ne blesser personne, mais aussi les chocs frontaux des individualités, souvent bénéfiques, parfois catastrophiques, pouvant aller jusqu’au départ de certains, voire à la dislocation du groupe.
Cela se passe très souvent en studio car la dimension ludique y est très réduite. Le plus souvent, il y a une date butoir, des impératifs économiques ou des contraintes organisationnelles fortes. On se concentre sur le travail à faire, il y a du stress, des attentes, des moments de doute, des résultats qui semblent médiocres, ou en deçà de la production habituelle. Croit-on.
Antoine a souligné combien c’était un leurre. En répète ou sur scène, c’est le plaisir qui prime, qui gomme toutes les imperfections. Celles-ci sont impitoyablement restituées et amplifiées par le studio, d’autant qu’on peut analyser à l’infini telle ou telle prise et déceler les bugs, ou tout simplement les choix d’interprétation qui ne conviennent pas. Dans le feu du live, on est dans un sentiment d’urgence euphorique, du style « ça passe ou ça casse », on est porté dans le meilleur des cas par l’intérêt du public ; dans le cas contraire on fait le dos rond, on accélère le tempo pour que ça se termine le plus vite possible. Tous embarqués sur le même navire, les membres du groupe sont à la manœuvre pour l’amener à bon port, et tant pis si parfois on passe sur des hauts fonds et racle un peu la coque, l’important c’est qu’au final la foule soit rassemblée sur le quai pour saluer les hardis terre-neuvas qui ont arrondis les caps et salués les grains, subis quelques avaries mineures, mais reviennent les cales pleines. Mais, succès ou échec ce sont ceux du groupe. En studio on se retrouve seul face à son interprétation, face au regard critique des autres.

Selon Antoine on n’échappe pas à cette fatalité, il faut l’accepter et quoi qu’il arrive conserver le lien entre les membres de l’orchestre, et faire sien cet adage selon lequel ce qui ne nous détruit pas nous rend plus fort. En définitive, il en va du groupe comme du couple : Association de circonstance, contractuelle (que le contrat soit légal ou moral) qui ne perdure que par la volonté des contractants, laquelle se maintient par le plaisir qu’on en retire. On peut vivre ensemble sans plaisir mais c’est plus compliqué, plus chaotique, moins efficace, ça génère de l’insatisfaction, de la rancœur, des sentiments contreproductifs à l’épanouissement des individus et donc à celui du groupe.

C’est dans une disposition d’esprit relativement neutre que nous avons débuté le M² (Marathon Musical), tel Sisyphe poussant encore et encore son rocher dans l’escarpement d’un K² (montagne) musical. Au long des titres, paradoxalement trop longtemps délaissés malgré les enregistrements, nous avons constaté que les automatismes se perdent à la vitesse des flots assaillant le pied du Mont Saint Michel un jour d’équinoxe alors que les processions du Grand Pardon serpentent en psalmodiant sur les bancs de sable en contrebas, tous oriflammes brandis, derrière les prêtres endimanchés. Mais au-delà de nos approximations, c’est surtout la cruelle absence de notre choriste aux Blanches Mains qui m’a marqué. La réalité s’est durement rappelée à notre souvenir : Le chœur participe pleinement au rendu d’un titre ; il l’habille, l’anime, et son absence a mis en relief mes propres insuffisances. J’ai perdu mes repères, et surtout ma partenaire dans cette sorte de partie de tennis où l’on se renvoie les phrases comme des balles par-dessus le filet. Bien sur il y avait P. et Alain. Mais l’un ne peut pas être efficacement au four et au moulin, tandis-que l’autre m’a rappelé, pour reprendre l’analogie tennistique, le jour où après avoir raté toutes mes balles face à lui, j’ai décidé d’arrêter ce sport. Pour une fois Alain s’est retrouvé dans la situation de celui qui reprend une activité sportive après l’avoir trop longtemps délaissée : manque de technique, manque d’entraînement et de préparation.
Une répète au final qui va grossir les rangs de ces mercredi où la vista n’est pas au rendez-vous, qui sans être absolument médiocre ne marquera pas nos esprits, en tous cas hormis la présence de notre Baou bien sur, car sur le plan musical, il faudra attendre que nous retrouvions notre niveau nominal.
Au moment de se quitter j’ai rappelé à tous ce petit contrat proposé sur Chateaurenard en juin par un collègue médecin avignonnais. L’appât du gain – Cent euros – n’a pas été un argument suffisamment convaincant pour compenser les multiples inconvénients : éloignement, public étranger, heure tardive au regard d’activités matinales le lendemain. La motion n’a donc pas été adoptée.
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jeudi 18 mars 2010
Moi Plus Tard, Quand Je Serai Grand, Je Voudrai Etre Artiste de Giratoire !
Je ne sais pas pourquoi, au moment d’entamer ce billet, il me revient en tête cet artiste découvert dans un reportage du style « complément d’enquête ». Il s’agit d’un sculpteur d’un genre très spécial puisqu’il se définit lui-même comme « artiste de giratoire ».
Mais de quoi s’agit-il donc ?
En fait cet homme, qui ressemble plutôt à un de ces commerciaux proposant au domicile des chalands quelque couteux appareil électroménager payable à tempérament, est un specimen d’une soixantaine d’années, rond, bon vivant, hâbleur, portant une belle moustache et un blazer de bon aloi quoiqu’un peu froissé par de longs trajets en voiture. Il démarche les mairies, les conseils généraux avec maquettes et cartons à dessin pour proposer aux édiles de « personnaliser » les ronds points qui fleurissent aux entrées des agglomérations, les transformant en un hymne pompier au bon gout et à la promotion de la spécialité locale.
Dans la séquence qui se situait quelque part sur la côte atlantique, il présentait avec fierté un kitchissime envol (très) stylisé de quatre hérons devant un élu sous le charme. Même le prix : trente mille euros, ne rebuta pas ce dernier. J’appris ainsi que cet ancien pilote de rallye (R5) sorti du rang des ouvriers des usines Renault avait bénéficié d’une formation au design automobile puis avait bifurqué (tout naturellement ?) vers la sculpture, s’engouffrant sur les chapeaux de roue dans ce créneau juteux du rond point. « Ca me laisse toute liberté pour exprimer ma sensibilité artistique » précisa-t-il d’une voix pénétrée.
L’enquête m’apprit qu’il était en fait une sorte de Sulitzer de la sculpture : il sous-traitait l’élaboration des œuvres à de vrais artisans sculpteurs Compagnons du Devoir. Pour achever mon information la voix off précisa que les œuvres étaient réalisées en polystyrène expansé « afin qu’elles ne causent pas de dégâts à l’éventuel véhicule qui les percuterait, même à grande vitesse ». Délicate attention. En mon fort intérieur, je ne pus m’empêcher d’évoquer la pérennité relative d’un tel artéfact, même si l’on excluait toute destruction par choc frontal. Une aubaine pour l’artiste et une source inépuisable de revenus en tous cas.
Comme quoi, de mon point de vue, nous n’avons vraiment pas à rougir de notre travail. Si ce type est un artiste, nous pouvons sans complexe nous réclamer de cette race. Cependant, si l’on se place d’un point de vue professionnel, et si l’on considère que l’artiste vit de son travail, nous sommes encore loin du compte ! Il est vrai que selon cette définition, Van Gogh est disqualifié, qui ne vécut que de l’aumône de son Théo de frère et de la charité de son entourage. Mais je crois que nous pourrions tout de même prétendre au qualificatif d’artiste maudit, ce qui n’est pas si mal somme toute.
Artistes maudits, nous le sommes assurément par les difficultés que nous rencontrons à parachever notre fameux CD. Je ne sais pas ce qui se passe avec cette galette, mais la cuisson en est particulièrement longue et virerait à l’indigeste si la flamme de l’espoir n’éclairait telle la veilleuse du chauffe-eau les ténèbres de notre amateurisme militant. Après six sessions d’enregistrement, une vingtaine d’heures passées au SPB, trois longues séances d’auto flagellation lors de nos célèbres « écoutes critiques », j’ai le pénible sentiment d’avoir perdu l’objectif ! Comme ces gens répondant longuement à une interview, s’égarant en digressives arabesques verbales avant de s’arrêter un peu inquiet pour demander au journaliste quelle était la question de départ.
Nous sommes piégés dans un capharnaüm musical, dans lequel aucun d’entre nous ne sait plus très bien où en est le projet, la guitare manquant ici mais pas là, le piano faisant défaut quand il ne batifole pas alentour comme un chien guilleret au pied de son jogger de maître , les chœurs aux abonnés absents, le tout compilé dans des pistes dont certaines sont fantômes et d’autres migrent d’un titre à l’autre, tandis que perdus dans nos notes éparses nous tentons, hagards, d’en retracer l’historique vagabonde pour assembler enfin les morceaux du puzzle.
Pour ma part j’empile les versions, je multiplie et mélange les pistes avec le micro shure, en live ou dans la cabine téléphonique, chantant contre un mur ou au milieu du groupe ou encore dans la douillette complicité de la console d’enregistrement, dépouillant mon phrasé de toutes ses fioritures méditerranéennes, toutes ses outrances wagnériennes, ses accents californiens, m’en tenant au pied de la note, me rapprochant du chant primal, monacal, faisant l’expérience d’un protestantisme musical laïque, frugal, sans outrance ni ostentation, discret, propre et carré : clinique ; aussi chargé en émotion que la tranche de jambon de régime découennée de chez Aldi fort joliment présenté dans son assiette de porcelaine blanche accompagné de sa feuille de laitue.
Un tableau brossé par un peintre dépressif ? Que nenni : Malgré les frustrations, les déceptions, les hésitations, les errements, Sachez-le je me régale ! Car si notre progression est lente, parfois régressive, elle forge notre expérience et nos caractères et installe un solide socle fondamental sur lequel nous pourrons reconstruire notre rock en maîtrisant mieux les aléas de l’improvisation. Elle défait les sales manies accumulées au long de répètes bâclées et tempétueuses où le simple plaisir cacophonique tenait lieu de savoir-faire. A défaut de produire un CD d’exception ce passage en studio aura eu des vertus pédagogiques indéniables. On se faisait plaisir : on apprend à faire plaisir aux autres.
Du moins l’espérai-je. A peaufiner notre message, n’allons nous pas y perdre notre âme ? N’était-il pas là ce « style », après lequel nous courons depuis nos débuts ? Là sous nos yeux, dans notre joyeuse improvisation dans le plaisir simple de jouer ensemble, dans l’insouciante méconnaissance des règles, dans cette fraîcheur iconoclaste qui produisait un son différent. Et s’il doit y avoir un enseignement à tirer de ces longues semaines hivernales où la quête de rigueur nous tint lieu de Graal, c’est que si l’inspiration et l’émotion ne se définissent pas toujours aisément par des mots, du moins peut on en déceler la présence « en creux », à l’écoute d’un titre, dans ce qu’on n’y trouve pas…
Mais de quoi s’agit-il donc ?
En fait cet homme, qui ressemble plutôt à un de ces commerciaux proposant au domicile des chalands quelque couteux appareil électroménager payable à tempérament, est un specimen d’une soixantaine d’années, rond, bon vivant, hâbleur, portant une belle moustache et un blazer de bon aloi quoiqu’un peu froissé par de longs trajets en voiture. Il démarche les mairies, les conseils généraux avec maquettes et cartons à dessin pour proposer aux édiles de « personnaliser » les ronds points qui fleurissent aux entrées des agglomérations, les transformant en un hymne pompier au bon gout et à la promotion de la spécialité locale.
Dans la séquence qui se situait quelque part sur la côte atlantique, il présentait avec fierté un kitchissime envol (très) stylisé de quatre hérons devant un élu sous le charme. Même le prix : trente mille euros, ne rebuta pas ce dernier. J’appris ainsi que cet ancien pilote de rallye (R5) sorti du rang des ouvriers des usines Renault avait bénéficié d’une formation au design automobile puis avait bifurqué (tout naturellement ?) vers la sculpture, s’engouffrant sur les chapeaux de roue dans ce créneau juteux du rond point. « Ca me laisse toute liberté pour exprimer ma sensibilité artistique » précisa-t-il d’une voix pénétrée.
L’enquête m’apprit qu’il était en fait une sorte de Sulitzer de la sculpture : il sous-traitait l’élaboration des œuvres à de vrais artisans sculpteurs Compagnons du Devoir. Pour achever mon information la voix off précisa que les œuvres étaient réalisées en polystyrène expansé « afin qu’elles ne causent pas de dégâts à l’éventuel véhicule qui les percuterait, même à grande vitesse ». Délicate attention. En mon fort intérieur, je ne pus m’empêcher d’évoquer la pérennité relative d’un tel artéfact, même si l’on excluait toute destruction par choc frontal. Une aubaine pour l’artiste et une source inépuisable de revenus en tous cas.
Comme quoi, de mon point de vue, nous n’avons vraiment pas à rougir de notre travail. Si ce type est un artiste, nous pouvons sans complexe nous réclamer de cette race. Cependant, si l’on se place d’un point de vue professionnel, et si l’on considère que l’artiste vit de son travail, nous sommes encore loin du compte ! Il est vrai que selon cette définition, Van Gogh est disqualifié, qui ne vécut que de l’aumône de son Théo de frère et de la charité de son entourage. Mais je crois que nous pourrions tout de même prétendre au qualificatif d’artiste maudit, ce qui n’est pas si mal somme toute.
Artistes maudits, nous le sommes assurément par les difficultés que nous rencontrons à parachever notre fameux CD. Je ne sais pas ce qui se passe avec cette galette, mais la cuisson en est particulièrement longue et virerait à l’indigeste si la flamme de l’espoir n’éclairait telle la veilleuse du chauffe-eau les ténèbres de notre amateurisme militant. Après six sessions d’enregistrement, une vingtaine d’heures passées au SPB, trois longues séances d’auto flagellation lors de nos célèbres « écoutes critiques », j’ai le pénible sentiment d’avoir perdu l’objectif ! Comme ces gens répondant longuement à une interview, s’égarant en digressives arabesques verbales avant de s’arrêter un peu inquiet pour demander au journaliste quelle était la question de départ.
Nous sommes piégés dans un capharnaüm musical, dans lequel aucun d’entre nous ne sait plus très bien où en est le projet, la guitare manquant ici mais pas là, le piano faisant défaut quand il ne batifole pas alentour comme un chien guilleret au pied de son jogger de maître , les chœurs aux abonnés absents, le tout compilé dans des pistes dont certaines sont fantômes et d’autres migrent d’un titre à l’autre, tandis que perdus dans nos notes éparses nous tentons, hagards, d’en retracer l’historique vagabonde pour assembler enfin les morceaux du puzzle.
Pour ma part j’empile les versions, je multiplie et mélange les pistes avec le micro shure, en live ou dans la cabine téléphonique, chantant contre un mur ou au milieu du groupe ou encore dans la douillette complicité de la console d’enregistrement, dépouillant mon phrasé de toutes ses fioritures méditerranéennes, toutes ses outrances wagnériennes, ses accents californiens, m’en tenant au pied de la note, me rapprochant du chant primal, monacal, faisant l’expérience d’un protestantisme musical laïque, frugal, sans outrance ni ostentation, discret, propre et carré : clinique ; aussi chargé en émotion que la tranche de jambon de régime découennée de chez Aldi fort joliment présenté dans son assiette de porcelaine blanche accompagné de sa feuille de laitue.
Un tableau brossé par un peintre dépressif ? Que nenni : Malgré les frustrations, les déceptions, les hésitations, les errements, Sachez-le je me régale ! Car si notre progression est lente, parfois régressive, elle forge notre expérience et nos caractères et installe un solide socle fondamental sur lequel nous pourrons reconstruire notre rock en maîtrisant mieux les aléas de l’improvisation. Elle défait les sales manies accumulées au long de répètes bâclées et tempétueuses où le simple plaisir cacophonique tenait lieu de savoir-faire. A défaut de produire un CD d’exception ce passage en studio aura eu des vertus pédagogiques indéniables. On se faisait plaisir : on apprend à faire plaisir aux autres.
Du moins l’espérai-je. A peaufiner notre message, n’allons nous pas y perdre notre âme ? N’était-il pas là ce « style », après lequel nous courons depuis nos débuts ? Là sous nos yeux, dans notre joyeuse improvisation dans le plaisir simple de jouer ensemble, dans l’insouciante méconnaissance des règles, dans cette fraîcheur iconoclaste qui produisait un son différent. Et s’il doit y avoir un enseignement à tirer de ces longues semaines hivernales où la quête de rigueur nous tint lieu de Graal, c’est que si l’inspiration et l’émotion ne se définissent pas toujours aisément par des mots, du moins peut on en déceler la présence « en creux », à l’écoute d’un titre, dans ce qu’on n’y trouve pas…
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mercredi 10 juin 2009
Réponse du Berger..
Excuse moi Pascou, je voulais répondre à ton dernier commentaire "en commentaire", mais tu le sais je ne peux pas faire court, et blogspot me dit que mont texte fait plus de 4096 caractères, ce qui semble être une limite qu'on ne peut franchir, un peu comme si je tentais de dépasser la vitesse de la lumière. Donc je réponds ici.
Pascou, merci pour cette longue réponse à mon envoi. Elle m'a passionné, car elle montre la distance qui nous sépare. En tous cas sur ce texte précis. Ne crois surtout pas que je veuille faire un quelconque jugement de valeur sur ta vision. Elle est différente, et elle traduit parfaitement ce que tu es, comme ma prose reflète ma psychologie. Y en a t il une bonne, une mauvaise ? Elle se complètent en tous cas, puisque (je l'espère) ça ne nous a pas empêché d'être amis depuis toutes ces années. mais disons le crûment : je ne partage pas ton analyse.
En premier, je nous trouve plutôt bons. en tous cas le fait qu'on crée est un plus indéniable qui nous différencie de 90% des groupes nîmois à mon avis. je n'incrimine pas notre travail, mais la machinerie qui le restitue. je trouve dommage que la sono ne nous rende pas justice.
Et surtout qu'elle pourrisse notre image. Tu te rappelles qu'on est un groupe de rock. Pas une chorale de moines retirés dans leur abbaye.
Je pense aussi que jouer en public et se foutre de son regard, c'est étrange. Se mettre en scène c'est avoir la volonté de partager quelque chose. Poser comme préalable qu'on va ignorer sa réaction.. je ne sais pas.. il me semble que c'est un peu hypocrite comme argument.
Autant jouer entre nous dans ce cas. Et ne pas soumettre nos productions à l'oreille et au regard des autres. Sinon quel intérêt de se faire entendre si l'on n'en attend rien d'autre qu'un plaisir somme toute onaniste ?
Moi je suis chanteur, et ce n'est pas par hasard. J'aime être sur la scène, j'aime ressentir l'émotion que me renvoit le public. quand celle ci est positive ! je ne suis pas maso, je ne vais pas sur scène pour constater un rejet ou une indifférence, en me consolant par des raisonnements spécieux du style "après tout je m'en fous de ce qu'ils pensent, je joue pour moi, s'ils en veulent pas ils on qu'a aller se faire voir".
D'autre part dans ce domaine "artistique", par définition tout est subjectif. La dithyrambe incluse. Une dithyrambe objective, il faudra que tu m'en donne un exemple, ça m'intéresse.
Et moi j'aime bien faire des compliments. C'est comme le piano dans un groupe de rock, vous vous rappelez : la mayonnaise dans le sandwich. Pour moi le compliment c'est ça, ça rajoute du liant. Comme on dit, "ça va sans dire, mais tout de même : ça va mieux en le disant". J'aime dire quand un arrangement me plaît, quand un riff, quand un choeur, quand un roulement de batterie, quand un texte, un accord me plaisent. Et je ne m'en prive pas. c'est sincère. putain on est dans une activité d'émotions, les montrer c'est la base il me semble. quand je dis que j'aime, même si c'est parfois emphatique, c'est que j'aime. c'est pas de la flagornerie. et quand j'aime pas je dis rien.
Et pour te rassurer, ça c'est mon coté mégalo, je suis persuadé que je chante bien. en tous cas à notre degré d'expertise, je chante largement aussi bien que les autres jouent de leur instrument : c'est à dire à la perfection bien sur. c'est l'avantage du chanteur, sa voix est unique, elle plait ou non, mais pour autant qu'il chante modérément juste, après tout c'est son style. Alors c'est vrai que quand je dis que je doute de ma voix, je devrais dire : je doute de la perception de ma voix par les autres. parce qu'hélas là aussi on doit en passer par l'appréciation de l'auditeur et se préoccuper un tantinet de ce qu'il en pense. comme mes premiers auditeurs c'est vous. et que vous ne dites rien, j'en conclus que vous n'aimez pas. Ça me peine, mais comme je sais que je suis bon, et ben je persévère !
Mon plaisir je le prends depuis deux ans et demi en votre compagnie. Et je suis au courant pour la formidable aventure humaine et tout ça et mon Dieu quel travail nous avons déjà accomplis ensemble, nous qui partions de zéro etc.
Et mon plaisir j'aime le prendre, rassure-toi, quand il se présente ! si possible à plusieurs ! tiens : quand je suis seul je ne bois jamais de whisky. Je le bois quand il y a du monde. J'aime partager le plaisir de la boisson ambrée. Et le plaisir tout seul, je suis désolé je ne connais pas. ou alors d'une main. mais le partage, la communion laïque, la montée de l'émotion ça j'aime. C'est pour ça que j'aime la scène. Moi quand je chante dans mon micro, je ne ferme pas les yeux, je les ouvre en grand, et je cherche d'autres yeux à accrocher. notre musique j'en ai rien à battre qu'on se la chante entre nous. je veux la faire partager aux autres. et je veux que ça leur plaise.
Tu l'as dit toi même, comme quoi tu me connais bien : Je suis une bête de scène !
Pascou, merci pour cette longue réponse à mon envoi. Elle m'a passionné, car elle montre la distance qui nous sépare. En tous cas sur ce texte précis. Ne crois surtout pas que je veuille faire un quelconque jugement de valeur sur ta vision. Elle est différente, et elle traduit parfaitement ce que tu es, comme ma prose reflète ma psychologie. Y en a t il une bonne, une mauvaise ? Elle se complètent en tous cas, puisque (je l'espère) ça ne nous a pas empêché d'être amis depuis toutes ces années. mais disons le crûment : je ne partage pas ton analyse.
En premier, je nous trouve plutôt bons. en tous cas le fait qu'on crée est un plus indéniable qui nous différencie de 90% des groupes nîmois à mon avis. je n'incrimine pas notre travail, mais la machinerie qui le restitue. je trouve dommage que la sono ne nous rende pas justice.
Et surtout qu'elle pourrisse notre image. Tu te rappelles qu'on est un groupe de rock. Pas une chorale de moines retirés dans leur abbaye.
Je pense aussi que jouer en public et se foutre de son regard, c'est étrange. Se mettre en scène c'est avoir la volonté de partager quelque chose. Poser comme préalable qu'on va ignorer sa réaction.. je ne sais pas.. il me semble que c'est un peu hypocrite comme argument.
Autant jouer entre nous dans ce cas. Et ne pas soumettre nos productions à l'oreille et au regard des autres. Sinon quel intérêt de se faire entendre si l'on n'en attend rien d'autre qu'un plaisir somme toute onaniste ?
Moi je suis chanteur, et ce n'est pas par hasard. J'aime être sur la scène, j'aime ressentir l'émotion que me renvoit le public. quand celle ci est positive ! je ne suis pas maso, je ne vais pas sur scène pour constater un rejet ou une indifférence, en me consolant par des raisonnements spécieux du style "après tout je m'en fous de ce qu'ils pensent, je joue pour moi, s'ils en veulent pas ils on qu'a aller se faire voir".
D'autre part dans ce domaine "artistique", par définition tout est subjectif. La dithyrambe incluse. Une dithyrambe objective, il faudra que tu m'en donne un exemple, ça m'intéresse.
Et moi j'aime bien faire des compliments. C'est comme le piano dans un groupe de rock, vous vous rappelez : la mayonnaise dans le sandwich. Pour moi le compliment c'est ça, ça rajoute du liant. Comme on dit, "ça va sans dire, mais tout de même : ça va mieux en le disant". J'aime dire quand un arrangement me plaît, quand un riff, quand un choeur, quand un roulement de batterie, quand un texte, un accord me plaisent. Et je ne m'en prive pas. c'est sincère. putain on est dans une activité d'émotions, les montrer c'est la base il me semble. quand je dis que j'aime, même si c'est parfois emphatique, c'est que j'aime. c'est pas de la flagornerie. et quand j'aime pas je dis rien.
Et pour te rassurer, ça c'est mon coté mégalo, je suis persuadé que je chante bien. en tous cas à notre degré d'expertise, je chante largement aussi bien que les autres jouent de leur instrument : c'est à dire à la perfection bien sur. c'est l'avantage du chanteur, sa voix est unique, elle plait ou non, mais pour autant qu'il chante modérément juste, après tout c'est son style. Alors c'est vrai que quand je dis que je doute de ma voix, je devrais dire : je doute de la perception de ma voix par les autres. parce qu'hélas là aussi on doit en passer par l'appréciation de l'auditeur et se préoccuper un tantinet de ce qu'il en pense. comme mes premiers auditeurs c'est vous. et que vous ne dites rien, j'en conclus que vous n'aimez pas. Ça me peine, mais comme je sais que je suis bon, et ben je persévère !
Mon plaisir je le prends depuis deux ans et demi en votre compagnie. Et je suis au courant pour la formidable aventure humaine et tout ça et mon Dieu quel travail nous avons déjà accomplis ensemble, nous qui partions de zéro etc.
Et mon plaisir j'aime le prendre, rassure-toi, quand il se présente ! si possible à plusieurs ! tiens : quand je suis seul je ne bois jamais de whisky. Je le bois quand il y a du monde. J'aime partager le plaisir de la boisson ambrée. Et le plaisir tout seul, je suis désolé je ne connais pas. ou alors d'une main. mais le partage, la communion laïque, la montée de l'émotion ça j'aime. C'est pour ça que j'aime la scène. Moi quand je chante dans mon micro, je ne ferme pas les yeux, je les ouvre en grand, et je cherche d'autres yeux à accrocher. notre musique j'en ai rien à battre qu'on se la chante entre nous. je veux la faire partager aux autres. et je veux que ça leur plaise.
Tu l'as dit toi même, comme quoi tu me connais bien : Je suis une bête de scène !
mardi 9 juin 2009
Steve Jobs : Au Secours !
La dernière répétition fut intéressante à plus d’un égard. Il faut préciser que notre dernier concert nous a laissé à tous, je pense, une impression mitigée. Avec un mélange de satisfaction et de plaisir, mais aussi de déceptions teintées d’un certain fatalisme à type de renoncement, en tout cas en ce qui me concerne, pour ce dernier point. J’ai le sentiment qu’en l’état rien ne pourra améliorer la qualité de notre prestation, non pas sur le plan de notre travail, dont le niveau progresse, mais sur le versant purement technique de la restitution sonore que nous proposons aux auditeurs. Etre trahi par la technique, je trouve ça injuste, on ne le mérite pas.
Bien sûr le temps de la Scène est celui que j’attends toujours avec impatience, avec une pointe d’angoisse tout de même lors de nos derniers rendez-vous. Je pensais jusqu’ici que la seule volonté, ainsi que l’enthousiasme et l’énergie seraient des contrepoints suffisants à l’approximation pour emporter l’adhésion du public. Je m’aperçois qu’au-delà de la subtile alchimie qui doit s’installer entre l’auditoire et nous, comme lors de notre toute première apparition en public et son inexplicable succès, c’est la technique qui a la part la plus importante.
J’ai l’impression qu’on se consume à chacune de nos sorties en public, et que nous gaspillons notre capital en nous forgeant une image brouillonne dont j’ai peur qu’elle finisse par nous coller à la peau et devienne notre marque de fabrique. Je n’ai pas aimé certaines attitudes, certains regards, certains sourires ou commentaires que j’ai pu surprendre chez tel ou tel spectateur, dont j’ai parfois l’impression qu’il venait nous voir pour se payer une tranche de rire.
Je reconnais que je suis volontiers parano sur le sujet. Je mets mon cœur et ma passion dans notre projet (je ne suis pas le seul faut-il le préciser ?), et ma susceptibilité a tôt fait d’élaborer une théorie du complot qui me ronge. Je suis déjà en proie au doute à titre personnel quant à la qualité de mon chant : le fait que celui-ci ainsi que les parties des musicos soit si mal restitués par notre sono, rajoute encore une couche d’incertitude et d’irritation.
Et puis j’ai horreur de me sentir ridicule.
C’est le problème de la passion. C’est une maîtresse exigeante. Ce qu’on fait me plait, j’y prends du plaisir mais l’idée de travailler en vain me déprime. Et dans ce contexte, je ne vois pas le bout du tunnel.
C’est dans cet état d’esprit que je suis donc venu comme chaque mercredi, à la répétition. Je crois que les autres membres du groupe partagent certaines de mes inquiétudes, à des degrés divers. Certains le gèrent mieux, se prennent moins la tête sans doute, ou bien sont plus solides, ou moins investis, ou plus fatalistes. Mais quoiqu’il en soit nous avons tous la certitude que c’est par la maîtrise de notre son que passera notre survie en tant que groupe qui se produit devant un public. Même en étant amateur, le fait de jouer devant des vrais gens nous donne obligation d’assurer un minimum de qualité. Il est inutile de travailler les plus petits détails de chaque titre, et d’en faire un joli paquet bien ficelé avec des choeurs à la tierce (lolo quant à elle, passionnée de jeu, préfère la tierce à cœur) si les personnes en face n’en perçoivent qu’un magma pénible et incompréhensible.
Nous sommes tout conscients de cela. On le ressasse à longueurs de briefings. On parle de rechercher une personne de bonne volonté qui occuperait la fonction d’ingé-son, on discute d’acquérir une table de mixage digne de ce nom, on parcourt Internet à la recherche d’infos sur les techniques de sonorisation. Tout cela nous préoccupe et pompe nos énergies. Dans ce contexte de questionnement, Pierrot est venu ce soir avec un concept trouvé sur le net, justement : Le « shit in-shit out ».
C’est finalement simple et plein de bon sens : Si coté scène c’est de la merde, ce sera de la merde aussi pour le public. Il s’agit donc de faire les réglages en tournant les enceintes de la sono vers les musiciens, jusqu’à obtenir un son correct, équilibré. Ensuite on ne touche plus à aucun niveau individuel, on ne joue que sur le général pour s’adapter au volume à sonoriser. On tourne les enceintes dans l’autre sens : c’est bon, bougez plus rien et vous approchez pas des boutons !
Forts de cette évidence, c’est galvanisés par l’espoir que nous descendîmes dans l’antre des possibles musicaux. Nous entreprîmes de disposer les instruments comme ils devraient l’être sur scène : la batterie au centre, les cordes et le clavier autour, les voix plutôt devant. L’exiguïté de la pièce nous amena à concéder quelques compromis mineurs au niveau du chant, mais tout fut rapidement en place. On ramena tous les instruments et la batterie sommairement sonorisée sur la console intégrée à la sono, puis les micros sur la table de mixage de Pascou, laquelle attaquait l’une des entrées de la sono laissée libre. Les amplis ne servaient plus que de retour aux guitaristes. On procéda à une balance afin d’équilibrer l’ensemble. Pour la première fois la totalité de notre son passait par l’ampli de scène.
Nous attaquâmes.
Dire que c’était bon travestirait la réalité. En fait ce son plus parcimonieux nous surprit, nous déconcerta. La batterie paradoxalement était moins présente, et la baisse du niveau sonore mit en relief des défauts multiples qui jusque là étaient noyés dans le bruit de fond ambiant. N’entendant pas les percussions, nous ne jouions pas en rythme, et nous passâmes la séance à régler tel ou tel instrument. Finalement un peu comme d'gabitude. De mon coté je tentai d’autres intonations de voix, montai ou baissai mon son sur les indications de tel ou tel, passai devant, puis me glissai de coté, faisant des exercices d’articulation avec des résultats discutables qui m’exaspérèrent, tout cela en tentant de faire fonctionner l’enregistreur numérique et ses problèmes de carte mémoire, ce qui acheva de me précipiter dans la dépression.
D’une manière générale nous ne nous trouvâmes pas bons. Il n’y avait pas d’enthousiasme, pas de souffle, c’était plat et terne, sans passion. Il y avait de la morosité dans l’air. Nous n’étions pas à l’unisson.
Résultat décevant pour conclure. Cependant je crois qu’il faut en passer par là, et que nous prenons le bon virage. Nous savons que nous pouvons désormais fabriquer un produit correct, maintenant il nous faut travailler sur l’emballage, l’enveloppe sonore. C’est elle qui sera le vecteur de notre succès ou de nos échecs assurés. Il y aura encore des déceptions, des colères. Et la technologie complexe du son n’aura de cesse de mettre des embûches tout au long de notre parcours. Saloperie de technique. Je ne comprends pas pourquoi dans l’industrie du son, n’a pas émergé un petit génie qui aurait planché sur un dispositif simple, fiable, pratique et LEGER, comme en son temps Steve Jobs l’a fait avec son Macintosh, révolutionnant à jamais l’informatique.
Steve Jobs, qui avec son compère Wozniak, a construit son premier Apple dans un Garage. Apple, dont le nom a été choisi en hommage au premier label des Beatles. Nous, nous préférons les Stones, mais on a déjà le son garage.
Bien sûr le temps de la Scène est celui que j’attends toujours avec impatience, avec une pointe d’angoisse tout de même lors de nos derniers rendez-vous. Je pensais jusqu’ici que la seule volonté, ainsi que l’enthousiasme et l’énergie seraient des contrepoints suffisants à l’approximation pour emporter l’adhésion du public. Je m’aperçois qu’au-delà de la subtile alchimie qui doit s’installer entre l’auditoire et nous, comme lors de notre toute première apparition en public et son inexplicable succès, c’est la technique qui a la part la plus importante.
J’ai l’impression qu’on se consume à chacune de nos sorties en public, et que nous gaspillons notre capital en nous forgeant une image brouillonne dont j’ai peur qu’elle finisse par nous coller à la peau et devienne notre marque de fabrique. Je n’ai pas aimé certaines attitudes, certains regards, certains sourires ou commentaires que j’ai pu surprendre chez tel ou tel spectateur, dont j’ai parfois l’impression qu’il venait nous voir pour se payer une tranche de rire.
Je reconnais que je suis volontiers parano sur le sujet. Je mets mon cœur et ma passion dans notre projet (je ne suis pas le seul faut-il le préciser ?), et ma susceptibilité a tôt fait d’élaborer une théorie du complot qui me ronge. Je suis déjà en proie au doute à titre personnel quant à la qualité de mon chant : le fait que celui-ci ainsi que les parties des musicos soit si mal restitués par notre sono, rajoute encore une couche d’incertitude et d’irritation.
Et puis j’ai horreur de me sentir ridicule.
C’est le problème de la passion. C’est une maîtresse exigeante. Ce qu’on fait me plait, j’y prends du plaisir mais l’idée de travailler en vain me déprime. Et dans ce contexte, je ne vois pas le bout du tunnel.
C’est dans cet état d’esprit que je suis donc venu comme chaque mercredi, à la répétition. Je crois que les autres membres du groupe partagent certaines de mes inquiétudes, à des degrés divers. Certains le gèrent mieux, se prennent moins la tête sans doute, ou bien sont plus solides, ou moins investis, ou plus fatalistes. Mais quoiqu’il en soit nous avons tous la certitude que c’est par la maîtrise de notre son que passera notre survie en tant que groupe qui se produit devant un public. Même en étant amateur, le fait de jouer devant des vrais gens nous donne obligation d’assurer un minimum de qualité. Il est inutile de travailler les plus petits détails de chaque titre, et d’en faire un joli paquet bien ficelé avec des choeurs à la tierce (lolo quant à elle, passionnée de jeu, préfère la tierce à cœur) si les personnes en face n’en perçoivent qu’un magma pénible et incompréhensible.
Nous sommes tout conscients de cela. On le ressasse à longueurs de briefings. On parle de rechercher une personne de bonne volonté qui occuperait la fonction d’ingé-son, on discute d’acquérir une table de mixage digne de ce nom, on parcourt Internet à la recherche d’infos sur les techniques de sonorisation. Tout cela nous préoccupe et pompe nos énergies. Dans ce contexte de questionnement, Pierrot est venu ce soir avec un concept trouvé sur le net, justement : Le « shit in-shit out ».
C’est finalement simple et plein de bon sens : Si coté scène c’est de la merde, ce sera de la merde aussi pour le public. Il s’agit donc de faire les réglages en tournant les enceintes de la sono vers les musiciens, jusqu’à obtenir un son correct, équilibré. Ensuite on ne touche plus à aucun niveau individuel, on ne joue que sur le général pour s’adapter au volume à sonoriser. On tourne les enceintes dans l’autre sens : c’est bon, bougez plus rien et vous approchez pas des boutons !
Forts de cette évidence, c’est galvanisés par l’espoir que nous descendîmes dans l’antre des possibles musicaux. Nous entreprîmes de disposer les instruments comme ils devraient l’être sur scène : la batterie au centre, les cordes et le clavier autour, les voix plutôt devant. L’exiguïté de la pièce nous amena à concéder quelques compromis mineurs au niveau du chant, mais tout fut rapidement en place. On ramena tous les instruments et la batterie sommairement sonorisée sur la console intégrée à la sono, puis les micros sur la table de mixage de Pascou, laquelle attaquait l’une des entrées de la sono laissée libre. Les amplis ne servaient plus que de retour aux guitaristes. On procéda à une balance afin d’équilibrer l’ensemble. Pour la première fois la totalité de notre son passait par l’ampli de scène.
Nous attaquâmes.
Dire que c’était bon travestirait la réalité. En fait ce son plus parcimonieux nous surprit, nous déconcerta. La batterie paradoxalement était moins présente, et la baisse du niveau sonore mit en relief des défauts multiples qui jusque là étaient noyés dans le bruit de fond ambiant. N’entendant pas les percussions, nous ne jouions pas en rythme, et nous passâmes la séance à régler tel ou tel instrument. Finalement un peu comme d'gabitude. De mon coté je tentai d’autres intonations de voix, montai ou baissai mon son sur les indications de tel ou tel, passai devant, puis me glissai de coté, faisant des exercices d’articulation avec des résultats discutables qui m’exaspérèrent, tout cela en tentant de faire fonctionner l’enregistreur numérique et ses problèmes de carte mémoire, ce qui acheva de me précipiter dans la dépression.
D’une manière générale nous ne nous trouvâmes pas bons. Il n’y avait pas d’enthousiasme, pas de souffle, c’était plat et terne, sans passion. Il y avait de la morosité dans l’air. Nous n’étions pas à l’unisson.
Résultat décevant pour conclure. Cependant je crois qu’il faut en passer par là, et que nous prenons le bon virage. Nous savons que nous pouvons désormais fabriquer un produit correct, maintenant il nous faut travailler sur l’emballage, l’enveloppe sonore. C’est elle qui sera le vecteur de notre succès ou de nos échecs assurés. Il y aura encore des déceptions, des colères. Et la technologie complexe du son n’aura de cesse de mettre des embûches tout au long de notre parcours. Saloperie de technique. Je ne comprends pas pourquoi dans l’industrie du son, n’a pas émergé un petit génie qui aurait planché sur un dispositif simple, fiable, pratique et LEGER, comme en son temps Steve Jobs l’a fait avec son Macintosh, révolutionnant à jamais l’informatique.
Steve Jobs, qui avec son compère Wozniak, a construit son premier Apple dans un Garage. Apple, dont le nom a été choisi en hommage au premier label des Beatles. Nous, nous préférons les Stones, mais on a déjà le son garage.
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dimanche 18 janvier 2009
La Vérité sur l'Incident Jako
Nous nous sommes retrouvés ce samedi après midi pour une pure séance de travail. Rendez-vous en avait été donné mercredi dernier après une soirée plutôt ludique et plaisante. En préambule toutefois, il me faut mentionner que le vendredi soir Jésou et moi avons rejoint Pascou et Pierrot au Haddock Café. Comme l’indiquait le flyer publié tantôt, la soirée du vendredi est consacrée aux amateurs. Nos amis étaient donc allés en repérage afin d’étudier la possibilité de s’y produire. Cependant la formule retenue par les organisateurs ne correspond pas vraiment à ce que nous recherchons. En effet il s’agit d’un groupe qui met à disposition ses compétences et sa sono pour accompagner des chanteurs qui peuvent interpréter des titres d’un cahier de chant qu’on fait circuler dans la salle. Une sorte de karaoké, finalement, sans l’écran de télé.
Lorsque nous sommes arrivés, Jésou et moi, nous sortions du match de foot. Nîmes recevait Sedan, et le crocodile n’a fait qu’une bouchée du sanglier des Ardennes. C’est donc éperdus d’allégresse face à cette nécessaire victoire des rouges sous peine de relégation annoncée, que nous avons quitté le stade et nos acolytes habituels. Durant le parcours mes pensées vagabondaient dans la forêt des évènements musicaux que nous avons partagés depuis deux ans (rappelons que notre première répète a eu lieu le 13 janvier 2007). Je me rappelai notamment le concert donné par les Blue Bit de Jako au Hadock Café quelques mois auparavant. J’avais cette image de Jako dans la tête, et il m’est arrivé une chose assez effrayante. A mon sens, et j’en ai discuté par la suite avec mes camarades, il s’agit d’un phénomène d’autohypnose. Mon cerveau s’est leurré lui-même. Après le rapide et approximatif résumé que vous avez pu en lire dans ces colonnes dans un commentaire de Jésou, je vais tenter de vous en narrer la chronologie.
A notre arrivée, sur la scène, les blue dream s’activaient mollement devant une assistance très clairsemée. Il était tard déjà et la majeure partie de la clientèle avait déserté le lieu. A droite de l’entrée nous aperçumes , attablés, Pascou, Pierrot, un type dont je sus par la suite qu’il se prénommait Rémy et… Jako. Me précipitant vers eux, je serrai distraitement les mains de mes amis et me jetai sur Jako comme un banc de sauterelles sur un champ de manioc. Je trouvais que c’était une incroyable coïncidence, ayant pensé à lui dans la voiture, de le rencontrer là. Il était un peu dans le fond, mal éclairé, mais je reconnaissais clairement sa silhouette malgré l’absence de mes lunettes, ce qui m’avait d’ailleurs un peu handicapé durant le match pour observer l’heure au gigantesque tableau d’affichage du stade.
J’allais vers lui, et tout en l’assurant de ma joie de le voir je lui souhaitai une bonne année, poursuivant, dans un flot volubile sur le souvenir qu’il nous avait laissé lors de son dernier concert, et sur le fait que nous serions bientôt prêts pour retourner en studio et enfin sortir ce CD dont nous parlons depuis un an, celui de nos compos persos. Il me regardait avec bienveillance, écoutant ma logorrhée. Je m’assis en face de lui tout en ôtant mon blouson et continuai à l’inonder d’infos diverses et variées sur les activités des UFR. Tout le monde me regardait, je sentais Jako préoccupé, et mes amis très silencieux. Une main se posa alors délicatement sur mon épaule, et le visage de Jésou se pencha vers moi. Il me murmura à l’oreille, comme un médecin compatissant qui aurait avec ménagement annoncé quelque pathologie terrible à son patient :
« Michel, c’est pas Jako !
« Hein ?
« C’est pas Jako michel. C’est Pedro !
Je regardai Jésou, je regardai Jako.
Et là tout soudain il y eut un basculement. Comme si j’émergeais de la gigantesque lessiveuse à tourbillon circulaire de la porte des étoiles après un voyage sous narco-cryogénie.
« Pedro ! Enchaînai-je, à peine perturbé par l’info, comment vas-tu ?
Pedro est un personnage assez flegmatique, il avait suivi mon délire avec une courtoise prudence, tandis que ses compagnons de tables moins charitables y allaient, chacun, de leur commentaire à peine amène.
Bon, bien sûr on connaît leur potentiel imaginatif débordant : il soupçonnèrent d’emblée l’ébriété post-troisième mi-temps. Il ne fallait pas en attendre beaucoup plus, et je ne relevai même pas. De mon coté j’étais surtout intrigué par ma méprise. Qui n’était pas la première. J’ai déjà une paire de fois été dans ce genre de situation où la réalité bascule, où je me sens un court instant à la dérive. Ainsi une fois au Canada, j’avais erré durant plusieurs heures dans un complexe commercial, ne reconnaissant plus les allées ni les magasins, avant de comprendre que j’avais été piégé : il existait en fait DEUX complexes quasiment identiques, séparés par une passerelle que je me souvenais plus avoir empruntée. Et plusieurs fois j’ai pris une personne pour une autre, ou bien discuté longuement et péniblement avec des personnes qui semblaient bien me connaître mais dont je n’avais pas la plus petite idée sur leur identité. Je n’ai pas la mémoire des visages, et dans certaines situations au contexte flou ou inhabituel j’ai du mal à discriminer.
Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : tout ça c’est une histoire de contexte mental, et d’une réalité que le cerveau veut faire rentrer dedans, même si pour ça comme le sujet de test peine à faire rentrer la pièce carrée dans un trou rond, le dit cerveau force un peu aux encoignures à coup de marteau pour que ça rentre. Je « voulais » que ce soit Jako, la machine inconsciente a fait le reste. Et j’ai eu Jako. Bon, un jako un peu mal fichu, pas tout à fait standard, avec pas exactement la même tête ni les mêmes proportions ; mais si on analyse bien, de toutes les personnes attablées, c’était celui dont l’aspect général était le MOINS ELOIGNE de Jako.
C’est ce que j’ai tenté d’expliquer samedi à mes copains qui ne se privèrent pas de me demander des nouvelles de Jako. Pour éclaircir les raisons de ma méprise j’utilisai une analogie :
Ainsi, invité par des amis à l’apéritif, tu demandes un jus d’ananas. Tu discutes de choses et d’autres en pensant à ton jus d’ananas. Tu le visualises. Tu en as le goût dans la bouche. On te tend un verre. Tu bois : hummmm, c’est bon l’ananas ! Mais soudain quelque chose t’alerte : ce n’est pas l’ananas de d’habitude, celui dont tu te souviens de la saveur. Au début tu ne faisais pas très attention, ça avait vraiment le goût d’ananas, mais en goûtant à nouveau, tu t’aperçois que c’est du pamplemousse, et pas de l’ananas. Ca n’a rien à voir avec l’ananas, même. Et tu te dis : comment j’ai pu me tromper, lors de la première gorgée ? : Autosuggestion !
Mais laissons cela. Les oubliettes de l’histoire feront leur œuvre, et dans quelques jours plus personne ne s’en souviendra.
Cette conversation se poursuivait dans la SJM, alors que de discrets plumets de vapeur s’exhalaient de nos bouches tandis que nous parlions. A l’extérieur, à travers les fenêtres recouvertes de givre sur leur surface interne, je pouvais distinguer le jardin ensoleillé. Heureusement, je portais mes mitaines. Le contact du métal froid du micro est très pénible. Ca perturbe mon chant, qui perd de sa clarté cristalline et m’entraîne inconsciemment à chanter dans un autre ton.
C’est d’ailleurs sur ce sujet que porta l’entame de la répète. Pierrot me fit travailler la mélodie de « cent balles » également connue sous le titre "Juke Box". J’étais un peu perdu, entre les consignes données le mercredi par Lolo, et les conseils du jour de Pierrot, en matière d’harmonie. J’avais l’impression qu’on me disait tout et son contraire. Encore sous le coup de l’incident Jako, je me pliai toutefois à ce qu’on m’indiqua. Après tout, quand on prend Pedro pour Jako, on peut confondre un Sol et un La. Je leur laissai donc le bénéfice du doute. Profil bas, on ne fait pas le mariole ! cependant cela me perturba quelque peu, m'amenant à réfléchir sur chaque note alors que je chantai, me demandant cosntamment si je n'étais pas en train de passer à la tierce sans m'en apercevoir. Je dis "à la tierce" comme je dirais "en configuration course" : je ne sais pas bien ce que ça signifie concrètement, sinon que quand on chante ainsi en duo, ça fait joli. Evidemment, chanter tout en lisant le texte pour être sûr, et contrôler scupuleusement chaque vibration de sa gorge, ça ne facilite pas le transit sonore, et tempère singulièrement la spontanéité.
Pascou fut de son coté conseillé sur un tempo approximatif pour lequel il avait été contrôlé positif, et Jésou bénéficia d’une approche pédagogique personnalisée afin de travailler un enchaînement différent. C’est en ce sens que je parlais en introduction, de séance de travail. On n’était pas là pour rigoler mais pour progresser.
Cependant il n’est pas facile de se remettre en question. On se dit : bon, s’il trouve que « ça c’est à reprendre » peut-être au final que « tout » est à reprendre.
Et de là à se dire : « intrinsèquement je n’ai aucune valeur, je ne suis là que par un concours de circonstance » - ce qui au fond est la pure réalité- il n’y a qu’un pas, qui n’est pas difficile à franchir. Je suis conscient que ces temps pédagogiques sont nécessaires, mais ils sont très perturbants, car je me prends à tout mettre en doute. Mais jouer « propre et carré » est à ce prix. C’est Pascou d’ailleurs qui m’en fit la remarque, au cours d’un petit dialogue que nous eûmes, il conclut, sur le ton de l’évidence : « Michel, Je fais ce qu’on me dit de faire ». Il avait raison. Jouer ensemble est suffisamment difficile à notre niveau sans qu’on ajoute encore à la complexité en se permettant des variations non prévues.
Nous avons repris tous les titres du répertoire perso, nous attachant à la plus grande rigueur. Ce fut payant.
Expérience bénéfique, nécessaire, qui permit de se recentrer sur l’essentiel.
Lorsque nous sommes arrivés, Jésou et moi, nous sortions du match de foot. Nîmes recevait Sedan, et le crocodile n’a fait qu’une bouchée du sanglier des Ardennes. C’est donc éperdus d’allégresse face à cette nécessaire victoire des rouges sous peine de relégation annoncée, que nous avons quitté le stade et nos acolytes habituels. Durant le parcours mes pensées vagabondaient dans la forêt des évènements musicaux que nous avons partagés depuis deux ans (rappelons que notre première répète a eu lieu le 13 janvier 2007). Je me rappelai notamment le concert donné par les Blue Bit de Jako au Hadock Café quelques mois auparavant. J’avais cette image de Jako dans la tête, et il m’est arrivé une chose assez effrayante. A mon sens, et j’en ai discuté par la suite avec mes camarades, il s’agit d’un phénomène d’autohypnose. Mon cerveau s’est leurré lui-même. Après le rapide et approximatif résumé que vous avez pu en lire dans ces colonnes dans un commentaire de Jésou, je vais tenter de vous en narrer la chronologie.
A notre arrivée, sur la scène, les blue dream s’activaient mollement devant une assistance très clairsemée. Il était tard déjà et la majeure partie de la clientèle avait déserté le lieu. A droite de l’entrée nous aperçumes , attablés, Pascou, Pierrot, un type dont je sus par la suite qu’il se prénommait Rémy et… Jako. Me précipitant vers eux, je serrai distraitement les mains de mes amis et me jetai sur Jako comme un banc de sauterelles sur un champ de manioc. Je trouvais que c’était une incroyable coïncidence, ayant pensé à lui dans la voiture, de le rencontrer là. Il était un peu dans le fond, mal éclairé, mais je reconnaissais clairement sa silhouette malgré l’absence de mes lunettes, ce qui m’avait d’ailleurs un peu handicapé durant le match pour observer l’heure au gigantesque tableau d’affichage du stade.
J’allais vers lui, et tout en l’assurant de ma joie de le voir je lui souhaitai une bonne année, poursuivant, dans un flot volubile sur le souvenir qu’il nous avait laissé lors de son dernier concert, et sur le fait que nous serions bientôt prêts pour retourner en studio et enfin sortir ce CD dont nous parlons depuis un an, celui de nos compos persos. Il me regardait avec bienveillance, écoutant ma logorrhée. Je m’assis en face de lui tout en ôtant mon blouson et continuai à l’inonder d’infos diverses et variées sur les activités des UFR. Tout le monde me regardait, je sentais Jako préoccupé, et mes amis très silencieux. Une main se posa alors délicatement sur mon épaule, et le visage de Jésou se pencha vers moi. Il me murmura à l’oreille, comme un médecin compatissant qui aurait avec ménagement annoncé quelque pathologie terrible à son patient :
« Michel, c’est pas Jako !
« Hein ?
« C’est pas Jako michel. C’est Pedro !
Je regardai Jésou, je regardai Jako.
Et là tout soudain il y eut un basculement. Comme si j’émergeais de la gigantesque lessiveuse à tourbillon circulaire de la porte des étoiles après un voyage sous narco-cryogénie.
« Pedro ! Enchaînai-je, à peine perturbé par l’info, comment vas-tu ?
Pedro est un personnage assez flegmatique, il avait suivi mon délire avec une courtoise prudence, tandis que ses compagnons de tables moins charitables y allaient, chacun, de leur commentaire à peine amène.
Bon, bien sûr on connaît leur potentiel imaginatif débordant : il soupçonnèrent d’emblée l’ébriété post-troisième mi-temps. Il ne fallait pas en attendre beaucoup plus, et je ne relevai même pas. De mon coté j’étais surtout intrigué par ma méprise. Qui n’était pas la première. J’ai déjà une paire de fois été dans ce genre de situation où la réalité bascule, où je me sens un court instant à la dérive. Ainsi une fois au Canada, j’avais erré durant plusieurs heures dans un complexe commercial, ne reconnaissant plus les allées ni les magasins, avant de comprendre que j’avais été piégé : il existait en fait DEUX complexes quasiment identiques, séparés par une passerelle que je me souvenais plus avoir empruntée. Et plusieurs fois j’ai pris une personne pour une autre, ou bien discuté longuement et péniblement avec des personnes qui semblaient bien me connaître mais dont je n’avais pas la plus petite idée sur leur identité. Je n’ai pas la mémoire des visages, et dans certaines situations au contexte flou ou inhabituel j’ai du mal à discriminer.
Voilà, je crois que j’ai mis le doigt dessus : tout ça c’est une histoire de contexte mental, et d’une réalité que le cerveau veut faire rentrer dedans, même si pour ça comme le sujet de test peine à faire rentrer la pièce carrée dans un trou rond, le dit cerveau force un peu aux encoignures à coup de marteau pour que ça rentre. Je « voulais » que ce soit Jako, la machine inconsciente a fait le reste. Et j’ai eu Jako. Bon, un jako un peu mal fichu, pas tout à fait standard, avec pas exactement la même tête ni les mêmes proportions ; mais si on analyse bien, de toutes les personnes attablées, c’était celui dont l’aspect général était le MOINS ELOIGNE de Jako.
C’est ce que j’ai tenté d’expliquer samedi à mes copains qui ne se privèrent pas de me demander des nouvelles de Jako. Pour éclaircir les raisons de ma méprise j’utilisai une analogie :
Ainsi, invité par des amis à l’apéritif, tu demandes un jus d’ananas. Tu discutes de choses et d’autres en pensant à ton jus d’ananas. Tu le visualises. Tu en as le goût dans la bouche. On te tend un verre. Tu bois : hummmm, c’est bon l’ananas ! Mais soudain quelque chose t’alerte : ce n’est pas l’ananas de d’habitude, celui dont tu te souviens de la saveur. Au début tu ne faisais pas très attention, ça avait vraiment le goût d’ananas, mais en goûtant à nouveau, tu t’aperçois que c’est du pamplemousse, et pas de l’ananas. Ca n’a rien à voir avec l’ananas, même. Et tu te dis : comment j’ai pu me tromper, lors de la première gorgée ? : Autosuggestion !
Mais laissons cela. Les oubliettes de l’histoire feront leur œuvre, et dans quelques jours plus personne ne s’en souviendra.
Cette conversation se poursuivait dans la SJM, alors que de discrets plumets de vapeur s’exhalaient de nos bouches tandis que nous parlions. A l’extérieur, à travers les fenêtres recouvertes de givre sur leur surface interne, je pouvais distinguer le jardin ensoleillé. Heureusement, je portais mes mitaines. Le contact du métal froid du micro est très pénible. Ca perturbe mon chant, qui perd de sa clarté cristalline et m’entraîne inconsciemment à chanter dans un autre ton.
C’est d’ailleurs sur ce sujet que porta l’entame de la répète. Pierrot me fit travailler la mélodie de « cent balles » également connue sous le titre "Juke Box". J’étais un peu perdu, entre les consignes données le mercredi par Lolo, et les conseils du jour de Pierrot, en matière d’harmonie. J’avais l’impression qu’on me disait tout et son contraire. Encore sous le coup de l’incident Jako, je me pliai toutefois à ce qu’on m’indiqua. Après tout, quand on prend Pedro pour Jako, on peut confondre un Sol et un La. Je leur laissai donc le bénéfice du doute. Profil bas, on ne fait pas le mariole ! cependant cela me perturba quelque peu, m'amenant à réfléchir sur chaque note alors que je chantai, me demandant cosntamment si je n'étais pas en train de passer à la tierce sans m'en apercevoir. Je dis "à la tierce" comme je dirais "en configuration course" : je ne sais pas bien ce que ça signifie concrètement, sinon que quand on chante ainsi en duo, ça fait joli. Evidemment, chanter tout en lisant le texte pour être sûr, et contrôler scupuleusement chaque vibration de sa gorge, ça ne facilite pas le transit sonore, et tempère singulièrement la spontanéité.
Pascou fut de son coté conseillé sur un tempo approximatif pour lequel il avait été contrôlé positif, et Jésou bénéficia d’une approche pédagogique personnalisée afin de travailler un enchaînement différent. C’est en ce sens que je parlais en introduction, de séance de travail. On n’était pas là pour rigoler mais pour progresser.
Cependant il n’est pas facile de se remettre en question. On se dit : bon, s’il trouve que « ça c’est à reprendre » peut-être au final que « tout » est à reprendre.
Et de là à se dire : « intrinsèquement je n’ai aucune valeur, je ne suis là que par un concours de circonstance » - ce qui au fond est la pure réalité- il n’y a qu’un pas, qui n’est pas difficile à franchir. Je suis conscient que ces temps pédagogiques sont nécessaires, mais ils sont très perturbants, car je me prends à tout mettre en doute. Mais jouer « propre et carré » est à ce prix. C’est Pascou d’ailleurs qui m’en fit la remarque, au cours d’un petit dialogue que nous eûmes, il conclut, sur le ton de l’évidence : « Michel, Je fais ce qu’on me dit de faire ». Il avait raison. Jouer ensemble est suffisamment difficile à notre niveau sans qu’on ajoute encore à la complexité en se permettant des variations non prévues.
Nous avons repris tous les titres du répertoire perso, nous attachant à la plus grande rigueur. Ce fut payant.
Expérience bénéfique, nécessaire, qui permit de se recentrer sur l’essentiel.
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Pierrot
mardi 23 décembre 2008
l'Humilité du Ténor
J’écoute tous les soirs France Inter, en rentrant du travail, dans ma studiomobile 107. Notamment une émission d’Yves Calvi, qui s’appelle Nonobstant. C’est un moment passionnant car très souvent il donne la parole à des artistes de toutes expressions. Yves Calvi est intéressé par les motivations de l’invité, mais aussi par des détails très pragmatiques : comment on compose, comment on écrit ou dirige, comment se façonne l’expression artistique quelle qu’elle soit, en bref comment se fabrique l’œuvre ou l’interprétation, et quels sont les ressorts de leur genèse et les difficultés qui ont accompagné leur conception.
Ainsi ai-je suivi avec passion les interviews de Patricia Petitbon et Roberto Alagna. Deux chanteurs lyriques. Je me suis surpris à ralentir afin de mieux entendre et de pouvoir suivre l’entretien jusqu’au bout. Ils font partie de cette catégorie d’interprètes qui n’érigent pas leur art en oriflamme, ni leur personne en Icône, et ont su garder une simplicité rafraîchissante. Bien loin des mondanités et des propos convenus d’une certaine catégorie de saltimbanques élitistes, ils savent retranscrire en paroles simple ce qu’ils ressentent et le partagent sans circonlocutions superfétatoires à type flyfucking. En bref : on comprend ce qu’ils racontent dans le poste !
A quelques semaines de distance ces deux monstres sacrés du Répertoire ont le même regard passionné, humble et presque émerveillé sur leur travail et leur parcourt. Ce qui m’a frappé c’est, en tant que solistes, leur analyse du travail en groupe. Pour eux c’est un bonheur, ils n’envisageraient pas de travailler hors de la présence chaleureuse de l’orchestre. Patricia, à qui Calvi demandait si pour elle l’orchestre était un ami ou un ennemi, a répondu que ce dernier était, définitivement, un ami. Elle n’adore rien tant que jouer au milieu de celui-ci et partager ce qu’elle considère comme une communion. Peu de conflits, un bonheur toujours. Elle a un commentaire amusant concernant la cohabitation avec les musiciens. Elle dit : Parfois, l’orchestre, emporté par sa fougue, joue trop fort. Il ne faut pas oublier, poursuit-elle malicieuse, que nous ne sommes pas sonorisés. Une voix, même celle d’une cantatrice est incapable de lutter contre le flot de décibels que peut dégager un orchestre. Alors quand je vois que je ne m’entends plus, je ne m’énerve pas. Je joue de moins en moins fort. Je ne me fais pas violence, je ne fais pas violence à ma voix. Au bout d’un moment l’orchestre comprend, et joue plus doucement. J’ai aimé cette modestie, et cette sérénité, et cette approche simplissime. Pas de caprices de Diva, du simple bon sens.
Alagna, interrogé de même sur ses rapports avec l’orchestre, explique qu’en tant que chanteur, son but est de servir le texte, et qu’il a pour unique préoccupation que les paroles restent compréhensibles. Pas de ton emphatique, un style minimaliste, qui d’ailleurs fait école, en rupture totale avec les ténors d’antan. Juste faire passer le texte et l’émotion. Et puis parfois on perçoit que l’orchestre, ce qui est compréhensible, joue pour la performance, le morceau de bravoure. Il a tendance à s’emballer. Lui aussi a envie de se faire plaisir et oublie le chanteur. Alors il faut le recentrer sur le fait qu’il joue pour le public, qui doit comprendre l’interprète. L’orchestre est l’écrin, la voix en est le bijou, formule-t-il élégamment. Puisque après tout, s’il y a un chanteur c’est pour faire passer un message. Autant que les gens le reçoivent de manière intelligible.
J’aime assez ces paroles de bon sens.
Mais surtout j'ai été surpris de constater que parvenus à ce niveau de talent, d'expertise, de notoriété, ces deux artistes aient les mêmes préoccupations que moi, à savoir "est-ce qu'on m'entend ? Quelle est ma place dans l'orchestre ? en suis-je un membre, ou bien suis-je extérieur à celui-ci ? et puis au delà de ça, que représente l'orchestre : une entité, un tout supérieur à la somme de ses parties, ou bien un ensemble d'individualités ?" A cette dernière question tous deux répondent catégoriquement que l'orchestre est un organisme vivant, qui a son identité propre, une couleur qui se reconnaît entre mille.
Je faisais tourner ces idées dans ma tête en allant ce dernier mercredi au studio Morrison. En mon fort intérieur je me disais en souriant que si je tentais d’expliquer ces choses simples, mais teintées du regard de l’interprète, je me ferais renvoyer dans mes cordes. "Joue avec une plume dans le cul m'aurait dit Jésou, ça te soulagera !"
Après tout je sais bien que si le Band joue fort, c’est dans l’unique but qu’on n’entende pas trop ma voix. De même que le cuisinier cherche à napper de sauce le produit pas trop frais afin d’en masquer le goût. Il ne le fait pas de gaîté de cœur, ni dans le but de se faire plaisir, mais simplement pour sauver ce qui peut l’être. Par bonté d’âme, par charité chrétienne. Après tout, la solution la plus radicale aurait été tout simplement de me virer et de prendre un vrai chanteur. Ça n’est pas ça qui manque. Mais on est des amis, et ils font avec ce qu’ils ont.
Et je leur suis reconnaissant pour cette sollicitude. D’ailleurs si au début j’avais du mal à « dealer » avec cette réalité, désormais j’ai acquis une certaine philosophie. L’orchestre est mon ami. Je ne lutte plus contre lui. Je fais selon mes capacités. Et puis, contrairement à l’opéra, où la compréhension du texte est primordiale pour suivre l’action souvent complexe de situations antiques et alambiquées ou l’invraisemblable le dispute à l’outrance, nos textes n’ont pas un intérêt suffisant pour qu’on cherche à les comprendre. Surtout dans un contexte rock. Après tout, qui se soucie de ce que raconte Proud Mary ? Ce n’est pas du Bob Dylan. Et encore, CCR c’est du texte classique à coté de Status Quo. Et je ne parle même pas de nos propres productions littéraires !
Ça m’évoque par association d’idée la première partie du concert des SQ : Michael Jones. On ne l’entendait pas. Qui s’en souciait (à part moi) ? De toute façon l’ensemble était mauvais.
C’est fort de ces réflexions apaisantes que je me suis plongé dans l’univers sonore des UFR. Nous avons passé avec un plaisir sans cesse renouvelé notre répertoire en revue, progressant dans nos nouvelles compos, consolidant les vieilles, et rafraîchissant les reprises.
Je regardais Odile à coté de moi, pliée de douleurs auriculaires, sa voix ballottée par les flots jaillissants des watts impétueux dont l’intensité augmentait à mesure que la séance progressait. J’avais de la peine pour elle : Elle n’avait pas écouté Yves Calvi, elle n’avait pas atteint la sérénité qui permet d’entendre la musique des sphères par delà le brouhaha de hall de gare, ni acquis l’humilité nécessaire à un apaisement salvateur dans une ambiance tourmentée. Elle est encore dans l’illusion que le chant puisse avoir une quelconque importance pour les rockers.
Moi j’ai atteint la sagesse. Je fais mon petit truc, je m’abstrais, je m’extrais, je feins, je m’efface, j’esquive, je me mets entre parenthèses. Je me laisse porter, je plie, je me glisse entre deux riffs, entre deux relances, je profite des opportunités qui se présentent, récupérant sous les ponts musicaux, j’évite le son, je l’occulte, je le trie et le sélectionne, n’en retiens que la partie qui me plaît. Je ne l’affronte plus, je le contourne, je prends appuis, je me sers de sa force, Je ne force pas. Je suis bien. Je ne suis pas en souffrance, j’ai intégré les watts, ils s’écoulent à travers mon corps, fluides, ils le traversent, le font rentrer en résonance. Il vibre à l’unisson, je ressens les harmoniques, le boutoir puissant de la basse, les pulsations rassurantes des drums. Sur les berges du fleuve, le long des accords liquides du piano, l’écoulement des cordes de la rythmique, et les cascades bouillonnantes du solo, je participe à l’infini des possibles musicaux. Au bord de l’horizon des évènements, là où un gigantesque trou noir dont la guitare de Pierrot est le centre absorbe et piège les ondes sonores, puis les recrache en un maelström de fréquences hystériques, Jim Morrison se tient à coté de moi et tournant son visage me dit : C’est bien.
Le Groupe est mon ami.
Ainsi ai-je suivi avec passion les interviews de Patricia Petitbon et Roberto Alagna. Deux chanteurs lyriques. Je me suis surpris à ralentir afin de mieux entendre et de pouvoir suivre l’entretien jusqu’au bout. Ils font partie de cette catégorie d’interprètes qui n’érigent pas leur art en oriflamme, ni leur personne en Icône, et ont su garder une simplicité rafraîchissante. Bien loin des mondanités et des propos convenus d’une certaine catégorie de saltimbanques élitistes, ils savent retranscrire en paroles simple ce qu’ils ressentent et le partagent sans circonlocutions superfétatoires à type flyfucking. En bref : on comprend ce qu’ils racontent dans le poste !
A quelques semaines de distance ces deux monstres sacrés du Répertoire ont le même regard passionné, humble et presque émerveillé sur leur travail et leur parcourt. Ce qui m’a frappé c’est, en tant que solistes, leur analyse du travail en groupe. Pour eux c’est un bonheur, ils n’envisageraient pas de travailler hors de la présence chaleureuse de l’orchestre. Patricia, à qui Calvi demandait si pour elle l’orchestre était un ami ou un ennemi, a répondu que ce dernier était, définitivement, un ami. Elle n’adore rien tant que jouer au milieu de celui-ci et partager ce qu’elle considère comme une communion. Peu de conflits, un bonheur toujours. Elle a un commentaire amusant concernant la cohabitation avec les musiciens. Elle dit : Parfois, l’orchestre, emporté par sa fougue, joue trop fort. Il ne faut pas oublier, poursuit-elle malicieuse, que nous ne sommes pas sonorisés. Une voix, même celle d’une cantatrice est incapable de lutter contre le flot de décibels que peut dégager un orchestre. Alors quand je vois que je ne m’entends plus, je ne m’énerve pas. Je joue de moins en moins fort. Je ne me fais pas violence, je ne fais pas violence à ma voix. Au bout d’un moment l’orchestre comprend, et joue plus doucement. J’ai aimé cette modestie, et cette sérénité, et cette approche simplissime. Pas de caprices de Diva, du simple bon sens.
Alagna, interrogé de même sur ses rapports avec l’orchestre, explique qu’en tant que chanteur, son but est de servir le texte, et qu’il a pour unique préoccupation que les paroles restent compréhensibles. Pas de ton emphatique, un style minimaliste, qui d’ailleurs fait école, en rupture totale avec les ténors d’antan. Juste faire passer le texte et l’émotion. Et puis parfois on perçoit que l’orchestre, ce qui est compréhensible, joue pour la performance, le morceau de bravoure. Il a tendance à s’emballer. Lui aussi a envie de se faire plaisir et oublie le chanteur. Alors il faut le recentrer sur le fait qu’il joue pour le public, qui doit comprendre l’interprète. L’orchestre est l’écrin, la voix en est le bijou, formule-t-il élégamment. Puisque après tout, s’il y a un chanteur c’est pour faire passer un message. Autant que les gens le reçoivent de manière intelligible.
J’aime assez ces paroles de bon sens.
Mais surtout j'ai été surpris de constater que parvenus à ce niveau de talent, d'expertise, de notoriété, ces deux artistes aient les mêmes préoccupations que moi, à savoir "est-ce qu'on m'entend ? Quelle est ma place dans l'orchestre ? en suis-je un membre, ou bien suis-je extérieur à celui-ci ? et puis au delà de ça, que représente l'orchestre : une entité, un tout supérieur à la somme de ses parties, ou bien un ensemble d'individualités ?" A cette dernière question tous deux répondent catégoriquement que l'orchestre est un organisme vivant, qui a son identité propre, une couleur qui se reconnaît entre mille.
Je faisais tourner ces idées dans ma tête en allant ce dernier mercredi au studio Morrison. En mon fort intérieur je me disais en souriant que si je tentais d’expliquer ces choses simples, mais teintées du regard de l’interprète, je me ferais renvoyer dans mes cordes. "Joue avec une plume dans le cul m'aurait dit Jésou, ça te soulagera !"
Après tout je sais bien que si le Band joue fort, c’est dans l’unique but qu’on n’entende pas trop ma voix. De même que le cuisinier cherche à napper de sauce le produit pas trop frais afin d’en masquer le goût. Il ne le fait pas de gaîté de cœur, ni dans le but de se faire plaisir, mais simplement pour sauver ce qui peut l’être. Par bonté d’âme, par charité chrétienne. Après tout, la solution la plus radicale aurait été tout simplement de me virer et de prendre un vrai chanteur. Ça n’est pas ça qui manque. Mais on est des amis, et ils font avec ce qu’ils ont.
Et je leur suis reconnaissant pour cette sollicitude. D’ailleurs si au début j’avais du mal à « dealer » avec cette réalité, désormais j’ai acquis une certaine philosophie. L’orchestre est mon ami. Je ne lutte plus contre lui. Je fais selon mes capacités. Et puis, contrairement à l’opéra, où la compréhension du texte est primordiale pour suivre l’action souvent complexe de situations antiques et alambiquées ou l’invraisemblable le dispute à l’outrance, nos textes n’ont pas un intérêt suffisant pour qu’on cherche à les comprendre. Surtout dans un contexte rock. Après tout, qui se soucie de ce que raconte Proud Mary ? Ce n’est pas du Bob Dylan. Et encore, CCR c’est du texte classique à coté de Status Quo. Et je ne parle même pas de nos propres productions littéraires !
Ça m’évoque par association d’idée la première partie du concert des SQ : Michael Jones. On ne l’entendait pas. Qui s’en souciait (à part moi) ? De toute façon l’ensemble était mauvais.
C’est fort de ces réflexions apaisantes que je me suis plongé dans l’univers sonore des UFR. Nous avons passé avec un plaisir sans cesse renouvelé notre répertoire en revue, progressant dans nos nouvelles compos, consolidant les vieilles, et rafraîchissant les reprises.
Je regardais Odile à coté de moi, pliée de douleurs auriculaires, sa voix ballottée par les flots jaillissants des watts impétueux dont l’intensité augmentait à mesure que la séance progressait. J’avais de la peine pour elle : Elle n’avait pas écouté Yves Calvi, elle n’avait pas atteint la sérénité qui permet d’entendre la musique des sphères par delà le brouhaha de hall de gare, ni acquis l’humilité nécessaire à un apaisement salvateur dans une ambiance tourmentée. Elle est encore dans l’illusion que le chant puisse avoir une quelconque importance pour les rockers.
Moi j’ai atteint la sagesse. Je fais mon petit truc, je m’abstrais, je m’extrais, je feins, je m’efface, j’esquive, je me mets entre parenthèses. Je me laisse porter, je plie, je me glisse entre deux riffs, entre deux relances, je profite des opportunités qui se présentent, récupérant sous les ponts musicaux, j’évite le son, je l’occulte, je le trie et le sélectionne, n’en retiens que la partie qui me plaît. Je ne l’affronte plus, je le contourne, je prends appuis, je me sers de sa force, Je ne force pas. Je suis bien. Je ne suis pas en souffrance, j’ai intégré les watts, ils s’écoulent à travers mon corps, fluides, ils le traversent, le font rentrer en résonance. Il vibre à l’unisson, je ressens les harmoniques, le boutoir puissant de la basse, les pulsations rassurantes des drums. Sur les berges du fleuve, le long des accords liquides du piano, l’écoulement des cordes de la rythmique, et les cascades bouillonnantes du solo, je participe à l’infini des possibles musicaux. Au bord de l’horizon des évènements, là où un gigantesque trou noir dont la guitare de Pierrot est le centre absorbe et piège les ondes sonores, puis les recrache en un maelström de fréquences hystériques, Jim Morrison se tient à coté de moi et tournant son visage me dit : C’est bien.
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lundi 27 octobre 2008
400
C'est le 400ème message. J'avais loupé le trois-centième. Ca fait quelques jours que je me dis : le 400ème, il faut pas passer à travers. Je me l'étais gardé de coté, j'avais même interrompu la Saga du Barde pour l'occasion. Pourtant j'en ai encore sous le coude concernant le Barde. Il y a tellement à dire. Son son aspect immobile, c'est chaud à l'intérieur du Barde. Ça bouillonne, ça fourmille, c'est un pine à tout beau qui ne demande qu'à rentrer en érect... en éruption. Mais cela attendra un peu. Pour là 400ème édition du billet du mercredi je voulais que ce soit un feu d'artifice, une apothéose, un Everest, un condensé de ce qui peut se faire de mieux en matière de chronique. Même si bien sûr je triche un peu : il n'y a pas eu 400 répétitions. Tout au plus la moitié. Appelons cela une licence poétique.
Et puis je suis là, seul, dans ma somptueuse chambre d'hôtel, avenue de Friedland, à cinquante mètres de l'arc de triomphe, allongé au milieu de ce lit que le général De Gaule n'aurait pas renié. L'hôtel Napoléon. Déco empire, atmosphère surannée, cosy, cossue, bourgeoise. Une petite roumaine en livrée rayée est venue préparer le lit pour la nuit, déposant sur le drap replié en triangle, une friandise. Elle avait un sourire malicieux, et de la musique dans la voix.
A la télé ils passent Voyage au Bout de l'Enfer. Et à cet instant Robert de Niro « Michael » dans le film, a dans son viseur ce superbe cerf, dont la ramure se découpe sur le ciel bleu lacéré par les monts enneigés en arrière plan. Il le tient au bout de son canon, le dix-corps n'a pas conscience du danger. De Niro finît par tirer en l'air. Il laisse s'éloigner l'animal, qui disparaît sereinement derrière des rochers.
Cette solitude après la frénésie de ces jours de congrès, de visite des stands des constructeurs, de mondanités commerciales sur fond de cafés et de mauvais champagne, de courses en taxi et de rames de métro, cette quiétude luxueuse m'entraînent à la méditation. Et quand le Mitch médite, ce n'est jamais vraiment très bon. IL se perd dans les méandres de ses pensées, il disparaît en lui-même et perd le contact avec le concret. Il se dilue dans la mélancolie, devient rêveur, ses propos tournent à l'incohérent.
Mais pas cette fois.
Je voudrais profiter ce cette occasion pour saluer nos contributeurs réguliers. Plus de 2600 fois, ils ont bien voulu accompagner mes errances de leur prose fertile drôle truculente, émouvante critique et caustique. Je les en remercie avec une émotion réelle. Même si certains, certaines, se font trop rares.
Je crois, cher Kéké, que les pages du bouquin que tu voulais que j'écrive sur notre petite communauté se noircissent en ce moment. C'est un ouvrage collectif. C'est une tranche de nos vies. Un reflet de ce que nous sommes, de ce qui nous rapproche, de ce qui nous lie. Même si le prétexte en est la chronique de quelques fossoyeurs, en filigrane on brosse ici un tableau plus large. Celui d'une poignée d'irréductibles luttant contre l'empire de la trouducuïtude ambiante, si on me pardonne ce néologisme. Ce qui nous rassemble, c'est au delà de la la musique le désir farouche de nous abstraire de la connerie, d'en être épargné. Un peu comme si nous luttions contre une maladie, une épidémie, qui gagnerait principalement les gens de nos âges, déjà englués dans leur suffisance, la sclérose de leurs certitudes, et leur benoît bien être de parvenus respectables.
Je m'égare. Grâce à Dieu, nous ne sommes pas touchés par cette gangrène. Et si parfois nous en présentons les symptômes, nous utilisons une prophylaxie efficace, l'humour et l'autodérision : traitement salutaire !
Dans un travail d'écriture, surtout s'il est à visée professionnelle, il est toujours commode d'utiliser le canevas classique : bilan et perspective. La première partie du présent rapport est donc achevée : c'était le bilan.
Pour les perspectives, tout est ouvert ! Après presque deux ans, je ne saurais dire comment va évoluer le bolide UFR, tant nous avons du mal à en diriger la course folle. Certaines fois il nous semble le maîtriser enfin, d'autres il nous apparaît que rien n'est acquis et que tout est à recommencer. La dernière répétition était de cet ordre. Pas la pire... mais loin d'être la meilleure. Cependant, même si ce n'était pas là notre top niveau, la séance s'est déroulée dans la bonne humeur. Au moins avons nous pris du plaisir à défaut d 'atteindre le zéro défaut. D'ailleurs notre principal biais est identifié depuis belle lurette : Nous jouons trop fort ! Occupé à vociférer, je suis en peine de me concentrer sur autre chose. Par ailleurs les répètes ne sont pas vaines. Le lent travail de répétition finira par porter ses fruits. Un jour.... bla bla bla
J'ai du dire ça une cinquantaine de fois au cours des deux dernières années! Sans doute une application de la méthode Coué, un voeu pieu, une manière de ne pas trop désespérer. Et toujours en fond, cette recherche de la répète parfaite, mais surtout du concert parfait.
Sagement, au cours des séances, je m'en tiens à un objectif minimal dans ma pousuite de la perfection : me rouler la cigarette parfaite. Au moins dans ce domaine, je ne suis pas trop mauvais !
Pierrot continue son travail de composition sur les textes que nous lui fournissons. Il nous a produit un ovni surprenant, qui se chante à la vitesse d'une balle de fusil et produit sur l'auditeur le même effet que les dards du tazer pénétrant la chair du délinquant : un sorte d'épilepsie catatonique électrique. Ça m'apprendra à écrire des textes abscons à rallonge.
Je suis trop bavard pour être un bon parolier de chanson !
Et puis je suis là, seul, dans ma somptueuse chambre d'hôtel, avenue de Friedland, à cinquante mètres de l'arc de triomphe, allongé au milieu de ce lit que le général De Gaule n'aurait pas renié. L'hôtel Napoléon. Déco empire, atmosphère surannée, cosy, cossue, bourgeoise. Une petite roumaine en livrée rayée est venue préparer le lit pour la nuit, déposant sur le drap replié en triangle, une friandise. Elle avait un sourire malicieux, et de la musique dans la voix.
A la télé ils passent Voyage au Bout de l'Enfer. Et à cet instant Robert de Niro « Michael » dans le film, a dans son viseur ce superbe cerf, dont la ramure se découpe sur le ciel bleu lacéré par les monts enneigés en arrière plan. Il le tient au bout de son canon, le dix-corps n'a pas conscience du danger. De Niro finît par tirer en l'air. Il laisse s'éloigner l'animal, qui disparaît sereinement derrière des rochers.
Cette solitude après la frénésie de ces jours de congrès, de visite des stands des constructeurs, de mondanités commerciales sur fond de cafés et de mauvais champagne, de courses en taxi et de rames de métro, cette quiétude luxueuse m'entraînent à la méditation. Et quand le Mitch médite, ce n'est jamais vraiment très bon. IL se perd dans les méandres de ses pensées, il disparaît en lui-même et perd le contact avec le concret. Il se dilue dans la mélancolie, devient rêveur, ses propos tournent à l'incohérent.
Mais pas cette fois.
Je voudrais profiter ce cette occasion pour saluer nos contributeurs réguliers. Plus de 2600 fois, ils ont bien voulu accompagner mes errances de leur prose fertile drôle truculente, émouvante critique et caustique. Je les en remercie avec une émotion réelle. Même si certains, certaines, se font trop rares.
Je crois, cher Kéké, que les pages du bouquin que tu voulais que j'écrive sur notre petite communauté se noircissent en ce moment. C'est un ouvrage collectif. C'est une tranche de nos vies. Un reflet de ce que nous sommes, de ce qui nous rapproche, de ce qui nous lie. Même si le prétexte en est la chronique de quelques fossoyeurs, en filigrane on brosse ici un tableau plus large. Celui d'une poignée d'irréductibles luttant contre l'empire de la trouducuïtude ambiante, si on me pardonne ce néologisme. Ce qui nous rassemble, c'est au delà de la la musique le désir farouche de nous abstraire de la connerie, d'en être épargné. Un peu comme si nous luttions contre une maladie, une épidémie, qui gagnerait principalement les gens de nos âges, déjà englués dans leur suffisance, la sclérose de leurs certitudes, et leur benoît bien être de parvenus respectables.
Je m'égare. Grâce à Dieu, nous ne sommes pas touchés par cette gangrène. Et si parfois nous en présentons les symptômes, nous utilisons une prophylaxie efficace, l'humour et l'autodérision : traitement salutaire !
Dans un travail d'écriture, surtout s'il est à visée professionnelle, il est toujours commode d'utiliser le canevas classique : bilan et perspective. La première partie du présent rapport est donc achevée : c'était le bilan.
Pour les perspectives, tout est ouvert ! Après presque deux ans, je ne saurais dire comment va évoluer le bolide UFR, tant nous avons du mal à en diriger la course folle. Certaines fois il nous semble le maîtriser enfin, d'autres il nous apparaît que rien n'est acquis et que tout est à recommencer. La dernière répétition était de cet ordre. Pas la pire... mais loin d'être la meilleure. Cependant, même si ce n'était pas là notre top niveau, la séance s'est déroulée dans la bonne humeur. Au moins avons nous pris du plaisir à défaut d 'atteindre le zéro défaut. D'ailleurs notre principal biais est identifié depuis belle lurette : Nous jouons trop fort ! Occupé à vociférer, je suis en peine de me concentrer sur autre chose. Par ailleurs les répètes ne sont pas vaines. Le lent travail de répétition finira par porter ses fruits. Un jour.... bla bla bla
J'ai du dire ça une cinquantaine de fois au cours des deux dernières années! Sans doute une application de la méthode Coué, un voeu pieu, une manière de ne pas trop désespérer. Et toujours en fond, cette recherche de la répète parfaite, mais surtout du concert parfait.
Sagement, au cours des séances, je m'en tiens à un objectif minimal dans ma pousuite de la perfection : me rouler la cigarette parfaite. Au moins dans ce domaine, je ne suis pas trop mauvais !
Pierrot continue son travail de composition sur les textes que nous lui fournissons. Il nous a produit un ovni surprenant, qui se chante à la vitesse d'une balle de fusil et produit sur l'auditeur le même effet que les dards du tazer pénétrant la chair du délinquant : un sorte d'épilepsie catatonique électrique. Ça m'apprendra à écrire des textes abscons à rallonge.
Je suis trop bavard pour être un bon parolier de chanson !
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vendredi 23 mai 2008
Quart de Siècle et Paranoia
La répétition de ce soir coïncide avec notre anniversaire de mariage. Le quart de siècle, carrément ! J'ai acheté un bouquet de fleur, débouché une bouteille de champagne, que nous sifflons allègrement à deux. Tandis que je bois à cet événement, je repars 25 ans en arrière. C'était la Feria. Et la veille au soir de l'échange de nos vœux, j'avais fait une bamboula à tout casser avec les Unit. Je me souviens que Domi déchaînée dansait frénétiquement sur les tables du Napo avec sa copine Chantal, la demi-sœur de Nimeño II. Domi aimait s'amuser à l'époque. Son Jean Jacques et elle traversaient les soirées comme deux Jetsetters. Depuis elle a une famille, des enfants, des responsabilités. Pas comme nous, noctambules impénitents.
C'est donc pour une bonne cause, celle de la de commémoration que nous arrivons en retard chez les Fabre. Le groupe est déjà là depuis un moment. Un excellent dessert à la crème de marron au trois quart boulotée nous tend ses arômes subtils et ses sapides textures. J'y plonge sans complexe une cuiller déjà sucée.. Hmmm que c'est bon ! Il me semble reconnaître le parfum de Sylvie. Lolita Lempika je pense. Elle en dépose toujours quelques gouttes dans ce sillon étroit qui sépare de si belle manière les formes galbées de son buste parfait mis en valeur par un vêtement admirablement décolleté dont l'étoffe chatoyante semble respirer au rythme des mouvements de ses deux poumons. A part cet événement majeur, rien de bien original, si ce n'est une succession processionnaire de tubes anciens et de compositions régionales dont l'ancienneté et le nombre restreint, qui tiendrait dans deux boites d'œufs extra-coque, atteste sinon de notre vitalité artistique, du moins de notre opiniâtre obstination à type d'acharnement dans l'enterrement de première classe frisant le trouble obsessionnel compulsif. Citons au passage un florilège des appréciations lapidaires qui accompagnent notre interprétation de « I'll be waiting » :
A chier
Lamentable
Pitoyable
Nul
Bizarrement, comme chacun me regarde en y allant de son commentaire, j'ai comme l'impression de focaliser sur moi toute l'inimitié du groupe pour cette chanson. C'est pas gagné pour le slow. C'est pas gagné non plus pour le duo de charme. En y réfléchissant, ils ont plus que raison. C'est merdique, on n'y arrivera pas ! Sauf...... Sauf si..... Sauf si Odile le chante toute seule. Ça peut marcher. Du fond de ma parano, je ne peux m'empêcher de penser que ça fait trois mois que le reste du groupe retient son souffle en espérant que je finirai par comprendre. Je les imagine, grattant, battant, pianotant, crispés sur leurs instruments, un rictus bienveillant aux lèvres, et je surprends leurs regards qui se croisent, et leurs yeux qui clignent désespérément dans le morse des musiciens : Putain, c'est quand qu'il va comprendre ? Et l'autre : J'en peux plus, encore une fois comme ça et je m'écrase les doigts dans la portière de la voiture, et ce dernier, entre deux battements de cymbales : Mais à quoi j'ai pensé quand j'ai proposé ce titre ? Je suis maudit ! Et celle-ci : Je le supporte déjà depuis 25 ans, mais si je dois l'écouter chanter « en plus », moi je rends mon tablier ! Ouais, c'est ça, bon sang mais c'est bien sur ! Parfois je surprend Odile au téléphone, elle dit des trucs en chuchotant, et puis quand je rentre dans la pièce, elle raccroche brusquement en marmonnant des excuses fantaisistes du style « c'était encore pour la boucherie Sanzot » ou « c'était mon amant ». Mais j'ai bien compris leur petit manège, ils complotent dans mon dos, j'en suis sur, ils s'appellent constamment, ils disent des horreurs sur mon compte, genre : il arrive plus à chanter, et il boit et je suis sur qu'il fume des trucs pas catholiques en plus, et patati et patata, et quand j'arrive dans la SJM je vois bien ce qui se passe, je sens bien que le silence s'installe, un silence gêné, pesant, ils font semblant d'astiquer leur manche ou la peau de leur caisse, ou de passer leurs touches à l'encaustique, mais je vois bien ce qui se passe, je suis pas fou quand même, je sais lire dans leur tête, de toute façon je sais pertinemment que je suis la dernière roue de la charrette et que je compte pour du beurre, bon sang, quand je pense que j'étais naïf à ce point, que je croyais qu'ils avaient de l'estime pour moi mais en fait ils me détestent, je sens leur haine souffler sur moi comme un feu brûlant venu de l'enfer, ils ne supporte pas que j'aie du talent, c'est pour ça qu'ils ne veulent plus qu'on passe sur scène, bien sur, je comprends maintenant, sur scène le public n'a d'yeux que pour moi, ils me vénèrent ils m'adulent, le public il le sait LUI ce que je vaux, il sait que je porte ce groupe à bouts de bras, et que sans moi tout se casserait la gueule, ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de m'avoir dans le groupe, ils ne me méritent pas et c'est grâce à moi qu'on est passé dans le journal, avec ce commentaire si élogieux, eh oui les mecs, tout ça c'est ma victoire, je supporte toute la pression, surtout ne pas craquer, surtout ne pas leur montrer que j'ai déjoué leur plan machiavélique, et leur coups tordus, mais oui, mais qu'est ce que je peux être con ! Ils en avaient marre de mon succès je leur fais de l'ombre, et c'est pour ça qu'ils ont essayé de m'assassiner la voix à coups de ACDC en me faisant recommencer le morceaux 10 fois de suite, et puis le complot continue, ils me balance le Kravits dans les gencives, tiens prends ça le chanteur, débrouille-toi avec Lenny et sa voix de tarlouze, ah ah qu'est ce qu'on rigole, regarde-le se débattre dans la mélasse sirupeuse du kravitz, mon Dieu c'est pas possible comment j'ai pu être aveugle à ce point, j'avais toutes les preuves sous les nez, et j'ai pas senti l'odeur fétide de la trahison derrière cette cordialité de façade, ils m'en veulent tous, je suis incompris, les artistes comme moi ne peuvent pas être compris, les médiocres ont peur d'un type comme moi qui leur étale leurs limites sous les yeux, oui c'est ça je leur mets le nez dans leur... non je ne m'abaisserai pas à leur montrer à quel point ils m'ont fait du mal, surtout ne rien montrer, digne, je dois rester digne, je suis un seigneur, un shogun, je suis le samouraï du rock, mon micro est un sabre, il est tranchant comme la lame d'un rasoir forgé dans le plus pur acier de Tolède, ils ne doivent s'apercevoir de rien, ah ils veulent me virer, je vais attendre, comme le cobra prêt à bondir et sauter à la gorge du fakir qui croyait le dompter, tel le tigre tapi derrière un buisson dans la savane africaine s'apprêtant à égorger la gazelle sournoise rhâââââââââââââââââââ ! Qu'est ce que ça fait du bien, de cracher enfin son venin !
Une soirée sans histoires sinon, rien d'époustouflant, un son parfois déconcertant, mais sans larsen, et ça, ça n'a pas de prix. Vivement que cette période de scène se termine, et qu'on puisse se remettre au travail. Pierrot a rencontré Jako, ce dernier attend qu'on lui apporte de la matière, des compos pour mettre en route le prochain CD.
C'est tellement bon de savoir que le groupe fonctionne, et que des liens puissants se sont noués entre tous, basés sur la confiance, le respect. Pas de langue de bois, de la franchise, et cette complicité simple qui nous unit. Mais il ne pouvait en être autrement : des esprits équilibrés, forts, des vies saines, et une amitié indéfectible en sont les piliers.
Dans la paix du Christ !
C'est donc pour une bonne cause, celle de la de commémoration que nous arrivons en retard chez les Fabre. Le groupe est déjà là depuis un moment. Un excellent dessert à la crème de marron au trois quart boulotée nous tend ses arômes subtils et ses sapides textures. J'y plonge sans complexe une cuiller déjà sucée.. Hmmm que c'est bon ! Il me semble reconnaître le parfum de Sylvie. Lolita Lempika je pense. Elle en dépose toujours quelques gouttes dans ce sillon étroit qui sépare de si belle manière les formes galbées de son buste parfait mis en valeur par un vêtement admirablement décolleté dont l'étoffe chatoyante semble respirer au rythme des mouvements de ses deux poumons. A part cet événement majeur, rien de bien original, si ce n'est une succession processionnaire de tubes anciens et de compositions régionales dont l'ancienneté et le nombre restreint, qui tiendrait dans deux boites d'œufs extra-coque, atteste sinon de notre vitalité artistique, du moins de notre opiniâtre obstination à type d'acharnement dans l'enterrement de première classe frisant le trouble obsessionnel compulsif. Citons au passage un florilège des appréciations lapidaires qui accompagnent notre interprétation de « I'll be waiting » :
A chier
Lamentable
Pitoyable
Nul
Bizarrement, comme chacun me regarde en y allant de son commentaire, j'ai comme l'impression de focaliser sur moi toute l'inimitié du groupe pour cette chanson. C'est pas gagné pour le slow. C'est pas gagné non plus pour le duo de charme. En y réfléchissant, ils ont plus que raison. C'est merdique, on n'y arrivera pas ! Sauf...... Sauf si..... Sauf si Odile le chante toute seule. Ça peut marcher. Du fond de ma parano, je ne peux m'empêcher de penser que ça fait trois mois que le reste du groupe retient son souffle en espérant que je finirai par comprendre. Je les imagine, grattant, battant, pianotant, crispés sur leurs instruments, un rictus bienveillant aux lèvres, et je surprends leurs regards qui se croisent, et leurs yeux qui clignent désespérément dans le morse des musiciens : Putain, c'est quand qu'il va comprendre ? Et l'autre : J'en peux plus, encore une fois comme ça et je m'écrase les doigts dans la portière de la voiture, et ce dernier, entre deux battements de cymbales : Mais à quoi j'ai pensé quand j'ai proposé ce titre ? Je suis maudit ! Et celle-ci : Je le supporte déjà depuis 25 ans, mais si je dois l'écouter chanter « en plus », moi je rends mon tablier ! Ouais, c'est ça, bon sang mais c'est bien sur ! Parfois je surprend Odile au téléphone, elle dit des trucs en chuchotant, et puis quand je rentre dans la pièce, elle raccroche brusquement en marmonnant des excuses fantaisistes du style « c'était encore pour la boucherie Sanzot » ou « c'était mon amant ». Mais j'ai bien compris leur petit manège, ils complotent dans mon dos, j'en suis sur, ils s'appellent constamment, ils disent des horreurs sur mon compte, genre : il arrive plus à chanter, et il boit et je suis sur qu'il fume des trucs pas catholiques en plus, et patati et patata, et quand j'arrive dans la SJM je vois bien ce qui se passe, je sens bien que le silence s'installe, un silence gêné, pesant, ils font semblant d'astiquer leur manche ou la peau de leur caisse, ou de passer leurs touches à l'encaustique, mais je vois bien ce qui se passe, je suis pas fou quand même, je sais lire dans leur tête, de toute façon je sais pertinemment que je suis la dernière roue de la charrette et que je compte pour du beurre, bon sang, quand je pense que j'étais naïf à ce point, que je croyais qu'ils avaient de l'estime pour moi mais en fait ils me détestent, je sens leur haine souffler sur moi comme un feu brûlant venu de l'enfer, ils ne supporte pas que j'aie du talent, c'est pour ça qu'ils ne veulent plus qu'on passe sur scène, bien sur, je comprends maintenant, sur scène le public n'a d'yeux que pour moi, ils me vénèrent ils m'adulent, le public il le sait LUI ce que je vaux, il sait que je porte ce groupe à bouts de bras, et que sans moi tout se casserait la gueule, ils ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de m'avoir dans le groupe, ils ne me méritent pas et c'est grâce à moi qu'on est passé dans le journal, avec ce commentaire si élogieux, eh oui les mecs, tout ça c'est ma victoire, je supporte toute la pression, surtout ne pas craquer, surtout ne pas leur montrer que j'ai déjoué leur plan machiavélique, et leur coups tordus, mais oui, mais qu'est ce que je peux être con ! Ils en avaient marre de mon succès je leur fais de l'ombre, et c'est pour ça qu'ils ont essayé de m'assassiner la voix à coups de ACDC en me faisant recommencer le morceaux 10 fois de suite, et puis le complot continue, ils me balance le Kravits dans les gencives, tiens prends ça le chanteur, débrouille-toi avec Lenny et sa voix de tarlouze, ah ah qu'est ce qu'on rigole, regarde-le se débattre dans la mélasse sirupeuse du kravitz, mon Dieu c'est pas possible comment j'ai pu être aveugle à ce point, j'avais toutes les preuves sous les nez, et j'ai pas senti l'odeur fétide de la trahison derrière cette cordialité de façade, ils m'en veulent tous, je suis incompris, les artistes comme moi ne peuvent pas être compris, les médiocres ont peur d'un type comme moi qui leur étale leurs limites sous les yeux, oui c'est ça je leur mets le nez dans leur... non je ne m'abaisserai pas à leur montrer à quel point ils m'ont fait du mal, surtout ne rien montrer, digne, je dois rester digne, je suis un seigneur, un shogun, je suis le samouraï du rock, mon micro est un sabre, il est tranchant comme la lame d'un rasoir forgé dans le plus pur acier de Tolède, ils ne doivent s'apercevoir de rien, ah ils veulent me virer, je vais attendre, comme le cobra prêt à bondir et sauter à la gorge du fakir qui croyait le dompter, tel le tigre tapi derrière un buisson dans la savane africaine s'apprêtant à égorger la gazelle sournoise rhâââââââââââââââââââ ! Qu'est ce que ça fait du bien, de cracher enfin son venin !
Une soirée sans histoires sinon, rien d'époustouflant, un son parfois déconcertant, mais sans larsen, et ça, ça n'a pas de prix. Vivement que cette période de scène se termine, et qu'on puisse se remettre au travail. Pierrot a rencontré Jako, ce dernier attend qu'on lui apporte de la matière, des compos pour mettre en route le prochain CD.
C'est tellement bon de savoir que le groupe fonctionne, et que des liens puissants se sont noués entre tous, basés sur la confiance, le respect. Pas de langue de bois, de la franchise, et cette complicité simple qui nous unit. Mais il ne pouvait en être autrement : des esprits équilibrés, forts, des vies saines, et une amitié indéfectible en sont les piliers.
Dans la paix du Christ !
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dimanche 18 mai 2008
L'oeil de Micromégas, Le Verbe de Phil le K
Soirée difficile pour moi que celle des retrouvailles du mercredi, juste après la folie de la feria. Vous le savez je tente dans ces colonnes d’exprimer l’intime vérité de ce qui peut se passer dans la tête d’un chanteur, fût-il de basse caste, et au-delà de rendre compte de notre progression. Je privilégie l’aspect « sociologique » de notre aventure, et j’aime m’attacher aux relations qui la sous-tendent. J’observe avec le plus grand intérêt le jeu complexe des interactions au sein d’un groupe. Tel Micromégas dans le compte philosophique de Voltaire, premier E.T. qui explorait avant Einstein les mystères de la relativité, je porte parfois (avec la plus grande tendresse) un regard entomologiste sur mes contemporains. Pour cela j’utilise les outils modernes mis à ma disposition par une société de la consommation opiniâtre à produire mille dispositifs d’enregistrements d’évènements sonores et visuels. J’ai employé tous les supports, depuis quarante ans, accumulant une masse d’archives disparates dont certaines d’ailleurs ne me sont plus accessibles, par le fait que l’appareil pour les restituer n’existe plus.
Ce qui en dit long au demeurant sur la pérennité de la mémoire collective. Dans mille ans, On en saura plus sur la civilisation Egyptienne ou les techniques de chasse de l’homme de Cro-Magnon, que sur les modes de vie de l’homme du XXIè siècle. L’encodage de l’information sur la pierre est certes rustique, mais quasiment indestructible, ce qui est loin d’être le cas des signes gravés sur le disque ferromagnétique d’une disquette 3 pouces ¼ d’un pc des années 80.
Ce n’est pas un hasard si je suis passionné de communication et utilise tous les dispositifs possibles pour mettre en boite les évènements que j’ai traversés depuis mon premier instamatic lorsque j’avais sept ans. Par ailleurs j’ai depuis longtemps pris conscience de l’aspect dérisoire de cette quête de la trace, de ce désir vain de marquer les jalons des évènements passés. Car dans cette course folle j’engrange des instants, par le biais de documents de tous types, dont la succession constitue une masse telle d’informations qu’il me faudrait une autre vie pour les passer en revue au risque de ne plus vivre l’instant présent qu’en spectateur.
A titre d’anecdote je me souviens d’un voyage que nous avons fait dans les années 80 avec les Jean en Yougoslavie. J’avais avec moi un équipement de « vidéo légère » un des tout premiers de ce type. Je portais en permanence sur mon dos huit kilos de matériel. J’ai vu mes vacances en noir et blanc durant trois semaines : au travers du viseur de ma volumineuse caméra. Un regard biaisé sur la réalité, dont je n’ai eu la restitution colorée que plus tard au retour, au travers des images imparfaites de l’écran télé. Trente ans après, ces moments que je n’ai vécus que par le biais d’un artifice technologique, se diluent inexorablement dans le bruit de fond électronique d’une bande bientôt illisible. Inanité de l’instant, volatilité de la mémoire, tentative désespérée de fixer le fugace. On ne peut se fier en définitive qu’à ce qui est inscrit au plus profond de soi et tenter comme Proust de sortir les madeleines du four au bon moment. J’ai parfois le fol espoir que peut-être ces instants figés pourront éclairer ma postérité et qu’ainsi d’autres auront une idée de ce que l’ancêtre vivait. Un désir d’éternité en quelque sorte. Une illusion bien sûr. La crainte de plus en plus prégnante de la fin qui se rapproche, et de la futilité du présent sous l’éclairage incertain du futur que je sais voué au néant, mécréant que je suis, hermétique aux mystères de la foi et ses sirènes réconfortantes.
Ce brin d’explication pour souligner un fait important : On ne peut pas toujours être témoin. Même extérieur à l’action, l’observateur interfère avec les évènements. Il en subit le contrecoup émotionnel.
Nous étions donc tous réunis ce mercredi soir afin de reprendre le rythme hebdomadaire des répétitions. Celle-ci était importante puisqu’elle faisait suite à une série de concert dont je vous ai narré le déroulement tantôt. Le bilan était bien sûr mitigé. Il y avait eu du bon et du médiocre. La seconde impression dominant dans le ressenti de certains musiciens. Ainsi Phil, dont la pondération est légendaire, avec le calme qui est le sien, sans laisser transparaitre d’émotions excessives, nous fit-il part de son ressenti. Je n’ai pas les termes exacts en tête, mais grosso modo il stigmatisa notre amateurisme, notre précipitation à faire de la scène dans les conditions que nous connaissons. Il utilisa le mot « ridicule ». Nous avions été mauvais ! Je ne sais pourquoi, mais ses paroles, exprimées sans passion, mais présentées comme une évidence eurent sur moi un effet dévastateur. Je voyais notre orchestre à travers son regard, et il était sans complaisance. Le château de cartes que j’avais édifié au grès de ces chroniques, à jouer au groupe de rock, s’écroulait d’un coup sous le souffle acéré de sa critique. Sous l’aiguillon de son verbe, la baudruche se dégonflait mollement en flatulences pitoyables. J’étais comme un gosse, j’avais joué au rocker comme on s’amuse aux cow-boys et aux indiens. J’avais endossé le déguisement du chanteur, j’en avais copié les attitudes et les mots, et tout d’un coup un adulte venait me dire : fin de la partie, on rentre !
Une douche glacé, qui a inondé mon ego et l’a laissé transi, désemparé. Ma splendide assurance, ma certitude que nous étions dans le vrai, mes postures d’artiste, tout cela était balayé, laminé, par deux phrases sobres de notre batteur impassible. Je pris conscience de ce qu’il avait pu se passer dans la tête de ce dernier pour qu’il en arrive à nous dire ça. « Moi je ne joue plus dans ces conditions », confirma-t-il. Moi qui étais arrivé un peu la fleur au fusil, détendu, et plutôt satisfait finalement de nos concerts, je me retrouvai dans un état de noir abattement, en proie à un cafard insondable. Attention, je n’étais pas satisfait par nos concerts en tant que tels. Moi aussi j’avais vécu beaucoup de déception au cours de ces trois soirées marathon. Mais j’avais apprécié l’expérience que ça nous avait apporté. On dit bien que l’expérience est une lanterne qu’on porte dans le dos, qui n’éclaire hélas que le chemin parcouru, mais tout de même, c’était un apprentissage utile à mon sens, et tout n’avait pas été mauvais. Au travers des paroles de Phil le K, tout m’apparaissait soudain sous un jour nouveau, fait d’approximation, d’hésitations, d’à peu près, d’incompétences. J’eu également l’impression que nous n’étions que des « pretenders » comme disent les anglais. Des gens qui font semblant, qui se la jouent, se la pètent, et j’eus cette certitude qu’au final on nous invitait plus pour rigoler un bon coup qu’en tant que musiciens véritables. S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est bien le sentiment d’avoir été ridicule. Plus que tout autre commentaire que l’on pourrait faire sur moi, le pire serait en effet de susciter la moquerie. L’insulte suprême ! Jouer le Con dans le dîner éponyme.
Je compris que si j’en étais blessé, les autres devaient avoir eu la même crainte, les mêmes doutes. J’en conçus une culpabilité. Les avais-je entraînés dans cette voie trop tôt ? Par goût de l’exhibition les avais-je exposés au sarcasme populaire ? C’était une remise en cause du cadre dans lequel j’avais enfermé les UFR, je m’en sentais responsable. Je lançai, pour plaisanter : cette réunion sera donc celle où nous allons annoncer la dissolution du groupe ? Je me remémorai les paroles de François Lejeune, celles aussi de Jérôme Isenberg, racontant les conditions dans lesquelles leur groupe avait implosé. Conditions similaires, où les membres à l’égo démesuré avaient cherché des responsabilités, sans complaisance, dans le travail de l’autre. J’eu la vision de la fin du groupe, dans des conditions un peu minables. Stoppés par l’obstacle nous rendions les armes, incapable de relever le défi, chacun repartant avec ses rancœurs. La vision de l’échec, du gâchis représenté par ces heures perdues à poursuivre un rêve.
Je descendis à la SJM avec un brouillard dans la tête, et c’est avec des gestes mornes que je pris part à la réinstallation du matos. Tout cela ne m’intéressait plus soudain. A quoi bon ? Puisque de toute façon nous étions mauvais ?
Quelques minutes plus tard nous chantions. Et le plaisir du chant, le plaisir d’écouter mes amis dissipa les denses brumes de mon spleen. J’étais remonté sur le cheval, j’étais de nouveau en selle. Et tant pis pour les cons. Je m’amuse. C’est pour ces répètes que je me traîne de semaines en semaines. Se retrouver ensemble, partager des émotions, interpréter, créer. Jouer Ensemble. Le reste n’a pas beaucoup d’importance. Comme tous les groupes, il y a des moments pour la scène, et des moments pour retourner en studio et avancer. Il est temps d’avancer à nouveau.
Comme s'il m'avait écouté, Jésou entama sur sa guitare la mélodie de "I'll be waiting" c'était doux, à des années lumières du jeu de Kravitz, c'était beau, Odile et moi primes plaisir à chanter dessus. Nous étions bien. Nous étions de nouveau ensemble.
Ce qui en dit long au demeurant sur la pérennité de la mémoire collective. Dans mille ans, On en saura plus sur la civilisation Egyptienne ou les techniques de chasse de l’homme de Cro-Magnon, que sur les modes de vie de l’homme du XXIè siècle. L’encodage de l’information sur la pierre est certes rustique, mais quasiment indestructible, ce qui est loin d’être le cas des signes gravés sur le disque ferromagnétique d’une disquette 3 pouces ¼ d’un pc des années 80.
Ce n’est pas un hasard si je suis passionné de communication et utilise tous les dispositifs possibles pour mettre en boite les évènements que j’ai traversés depuis mon premier instamatic lorsque j’avais sept ans. Par ailleurs j’ai depuis longtemps pris conscience de l’aspect dérisoire de cette quête de la trace, de ce désir vain de marquer les jalons des évènements passés. Car dans cette course folle j’engrange des instants, par le biais de documents de tous types, dont la succession constitue une masse telle d’informations qu’il me faudrait une autre vie pour les passer en revue au risque de ne plus vivre l’instant présent qu’en spectateur.
A titre d’anecdote je me souviens d’un voyage que nous avons fait dans les années 80 avec les Jean en Yougoslavie. J’avais avec moi un équipement de « vidéo légère » un des tout premiers de ce type. Je portais en permanence sur mon dos huit kilos de matériel. J’ai vu mes vacances en noir et blanc durant trois semaines : au travers du viseur de ma volumineuse caméra. Un regard biaisé sur la réalité, dont je n’ai eu la restitution colorée que plus tard au retour, au travers des images imparfaites de l’écran télé. Trente ans après, ces moments que je n’ai vécus que par le biais d’un artifice technologique, se diluent inexorablement dans le bruit de fond électronique d’une bande bientôt illisible. Inanité de l’instant, volatilité de la mémoire, tentative désespérée de fixer le fugace. On ne peut se fier en définitive qu’à ce qui est inscrit au plus profond de soi et tenter comme Proust de sortir les madeleines du four au bon moment. J’ai parfois le fol espoir que peut-être ces instants figés pourront éclairer ma postérité et qu’ainsi d’autres auront une idée de ce que l’ancêtre vivait. Un désir d’éternité en quelque sorte. Une illusion bien sûr. La crainte de plus en plus prégnante de la fin qui se rapproche, et de la futilité du présent sous l’éclairage incertain du futur que je sais voué au néant, mécréant que je suis, hermétique aux mystères de la foi et ses sirènes réconfortantes.
Ce brin d’explication pour souligner un fait important : On ne peut pas toujours être témoin. Même extérieur à l’action, l’observateur interfère avec les évènements. Il en subit le contrecoup émotionnel.
Nous étions donc tous réunis ce mercredi soir afin de reprendre le rythme hebdomadaire des répétitions. Celle-ci était importante puisqu’elle faisait suite à une série de concert dont je vous ai narré le déroulement tantôt. Le bilan était bien sûr mitigé. Il y avait eu du bon et du médiocre. La seconde impression dominant dans le ressenti de certains musiciens. Ainsi Phil, dont la pondération est légendaire, avec le calme qui est le sien, sans laisser transparaitre d’émotions excessives, nous fit-il part de son ressenti. Je n’ai pas les termes exacts en tête, mais grosso modo il stigmatisa notre amateurisme, notre précipitation à faire de la scène dans les conditions que nous connaissons. Il utilisa le mot « ridicule ». Nous avions été mauvais ! Je ne sais pourquoi, mais ses paroles, exprimées sans passion, mais présentées comme une évidence eurent sur moi un effet dévastateur. Je voyais notre orchestre à travers son regard, et il était sans complaisance. Le château de cartes que j’avais édifié au grès de ces chroniques, à jouer au groupe de rock, s’écroulait d’un coup sous le souffle acéré de sa critique. Sous l’aiguillon de son verbe, la baudruche se dégonflait mollement en flatulences pitoyables. J’étais comme un gosse, j’avais joué au rocker comme on s’amuse aux cow-boys et aux indiens. J’avais endossé le déguisement du chanteur, j’en avais copié les attitudes et les mots, et tout d’un coup un adulte venait me dire : fin de la partie, on rentre !
Une douche glacé, qui a inondé mon ego et l’a laissé transi, désemparé. Ma splendide assurance, ma certitude que nous étions dans le vrai, mes postures d’artiste, tout cela était balayé, laminé, par deux phrases sobres de notre batteur impassible. Je pris conscience de ce qu’il avait pu se passer dans la tête de ce dernier pour qu’il en arrive à nous dire ça. « Moi je ne joue plus dans ces conditions », confirma-t-il. Moi qui étais arrivé un peu la fleur au fusil, détendu, et plutôt satisfait finalement de nos concerts, je me retrouvai dans un état de noir abattement, en proie à un cafard insondable. Attention, je n’étais pas satisfait par nos concerts en tant que tels. Moi aussi j’avais vécu beaucoup de déception au cours de ces trois soirées marathon. Mais j’avais apprécié l’expérience que ça nous avait apporté. On dit bien que l’expérience est une lanterne qu’on porte dans le dos, qui n’éclaire hélas que le chemin parcouru, mais tout de même, c’était un apprentissage utile à mon sens, et tout n’avait pas été mauvais. Au travers des paroles de Phil le K, tout m’apparaissait soudain sous un jour nouveau, fait d’approximation, d’hésitations, d’à peu près, d’incompétences. J’eu également l’impression que nous n’étions que des « pretenders » comme disent les anglais. Des gens qui font semblant, qui se la jouent, se la pètent, et j’eus cette certitude qu’au final on nous invitait plus pour rigoler un bon coup qu’en tant que musiciens véritables. S’il y a une chose que je ne supporte pas, c’est bien le sentiment d’avoir été ridicule. Plus que tout autre commentaire que l’on pourrait faire sur moi, le pire serait en effet de susciter la moquerie. L’insulte suprême ! Jouer le Con dans le dîner éponyme.
Je compris que si j’en étais blessé, les autres devaient avoir eu la même crainte, les mêmes doutes. J’en conçus une culpabilité. Les avais-je entraînés dans cette voie trop tôt ? Par goût de l’exhibition les avais-je exposés au sarcasme populaire ? C’était une remise en cause du cadre dans lequel j’avais enfermé les UFR, je m’en sentais responsable. Je lançai, pour plaisanter : cette réunion sera donc celle où nous allons annoncer la dissolution du groupe ? Je me remémorai les paroles de François Lejeune, celles aussi de Jérôme Isenberg, racontant les conditions dans lesquelles leur groupe avait implosé. Conditions similaires, où les membres à l’égo démesuré avaient cherché des responsabilités, sans complaisance, dans le travail de l’autre. J’eu la vision de la fin du groupe, dans des conditions un peu minables. Stoppés par l’obstacle nous rendions les armes, incapable de relever le défi, chacun repartant avec ses rancœurs. La vision de l’échec, du gâchis représenté par ces heures perdues à poursuivre un rêve.
Je descendis à la SJM avec un brouillard dans la tête, et c’est avec des gestes mornes que je pris part à la réinstallation du matos. Tout cela ne m’intéressait plus soudain. A quoi bon ? Puisque de toute façon nous étions mauvais ?
Quelques minutes plus tard nous chantions. Et le plaisir du chant, le plaisir d’écouter mes amis dissipa les denses brumes de mon spleen. J’étais remonté sur le cheval, j’étais de nouveau en selle. Et tant pis pour les cons. Je m’amuse. C’est pour ces répètes que je me traîne de semaines en semaines. Se retrouver ensemble, partager des émotions, interpréter, créer. Jouer Ensemble. Le reste n’a pas beaucoup d’importance. Comme tous les groupes, il y a des moments pour la scène, et des moments pour retourner en studio et avancer. Il est temps d’avancer à nouveau.
Comme s'il m'avait écouté, Jésou entama sur sa guitare la mélodie de "I'll be waiting" c'était doux, à des années lumières du jeu de Kravitz, c'était beau, Odile et moi primes plaisir à chanter dessus. Nous étions bien. Nous étions de nouveau ensemble.
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mercredi 14 mai 2008
La Feria, en Quelques Lignes

J'ai déjà l'impression que cette Feria a duré des siècles, bien que ce ne soit que vendredi.
Depuis le début de la semaine, où les ultimes répétitions ont débuté, les jours se télescopent et j'ai du mal à me remémorer l'enchaînement de nos journées, et surtout de nos nuits. Disons que c'est là un bilan à mi-parcours. La soirée du mercredi a bien sûr été pour nous la plus mémorable, qui fut le témoin de notre triomphe au cinéma Caméra. Une grosse centaine de personnes ont assisté à notre concert. Beaucoup d'amis, de collègues, et de jeunes sympathisants rameutés par nos enfants étaient venus grossir les rangs de nos spectateurs. Il faut le dire, hormis notre sono exécrable, qui comme à l'accoutumée nous obligea à jouer « au jugé », nous primes énormément de plaisir à nous produire devant ce public déjà conquis.
Nous ne le savions pas mais des journalistes de Midi-Libre étaient dans la salle. Ils demandèrent à Mathieu si c'était un canular, puis si le chanteur était dans son état normal ou bien s'il était malade. Néanmoins, ils nous firent l'honneur d'un article, certes ambigu, mais en tous cas bien réel. Si quelqu'un m'avait dit, il y a un an, que notre groupe ferait quasiment la Une pleine page de Midi Libre j'aurais signé des deux mains ! Bon, être qualifié de massacreurs consciencieux n'est pas le meilleur compliment qu'on ai fait au groupe, mais comme le dit l'adage « à cheval donné on ne regarde pas les dents ». D'après Mathieu, le journaliste éberlué répétait à l'envie « c'est énorme ».
Je n'ose croire qu'il y ait pu y avoir quelque once d'ironie dans son propos. Je prends donc ses appréciations comme les compliments d'un connaisseur.
Le plus dur dans ce genre d'exercice, c'est toute la manutention. Porter le matériel, faire les réglages. Puis tout démonter en un temps record, déménager à nouveau, c'est vraiment épuisant. Sans compter qu'une fois le concert plié, il n'y a plus personne. On se retrouve vidé, dans un état un peu mélancolique. Remarquons de plus qu'avant sa prestation le musicien est l'objet de toutes les attentions, alors que dès les dernières notes plaquées, c'est le blues post partum. On est un brin à la dérive, en train de charrier des poids dans l'indifférence générale, organisateurs compris, occupés qu'ils sont à remplir au mieux leur salle. Les musiciens ne les intéressent plus : The show must go on ! A tel point qu'il nous a fallu pleurer pour boire quelque chose après avoir fait place nette dans la salle.
Jeudi midi nous a permis, après une corrida à multi sections auriculo-caudée s(où ont été coupées beaucoup d'oreilles et de queues), de nous retrouver pour le traditionnel repas chez les Thevenon. La bande au complet était rassemblée autour d'un buffet-grillade très agréable. Jean Paul un peu fatigué, laissa à Alain le soin de griller saucisses, calmars et poissons. Ce dont ce dernier s'acquitta avec son habileté coutumière. Nous profitâmes de l'occasion pour briefer Damien sur les techniques de chasse à la fille, la saison battant son plein en cette période de printemps. Comme l'a très justement souligné Jésou : Sur un malentendu, ça peut marcher ! Au cours de l'après-midi je rappelai Mathieu car il nous avait renouvelé son souhait de nous faire animer le début de soirée au Caméra. Avec un enthousiasme mitigée, et une retenue prémonitoire, une partie des musiciens n'était pas très emballée. Le soir il fut convenu de se retrouver à 21h devant la bodéga pour réinstaller le fourbi et faire les essais son. Quant à nous, nous devions rejoindre les Fabre et les Desimeur chez Thibaud. L'emploi du temps ne correspondit pas vraiment à la programmation initiale car à 21 heures nous étions toujours place de la Mairie à attendre les uns et les autres, tandis que Mathieu lui-même promenait en ville et venait nous saluer. je me rassasiai dans l’inervalle d'une remarquable rouille aux trois mollusques (supion, calmar; poulpe). Pierrot et Phil le K durent attendre devant la bodéga Caméra, fermée. De plus au moment de leur ouvrir le local où était entreposé le matos, Mathieu s'aperçut qu'il n'avait pas les clés. Nous allâmes en chercher un double, Philou et moi, chez Foncia.
A partir de là, je crois que ça a commencé à dévisser complètement. D'aucun dirait que c'est parti en couille ! L'installation se fit dans une noria effrénée entre le local et le haut de la salle de cinéma. Il était plus de 22 heures. Un sentiment d'urgence régnait au milieu de l'étalement anarchiques des différents éléments de notre matériel. Dans une improvisation totale et une nervosité palpable nous nous croisions, évitions, télescopions, invectivions, un peu comme les fourmis vaquant à leurs occupations mystérieuse, mais sans l'organisation parfaite qui est la leur hélas. On s'est installés à l'arrache alors que des consommateurs, pour certains des amis, commençaient à rentrer. La pénombre était totale, les organisateurs remarquablement absents ; nous nous sentions seuls et assez mal à l'aise. Bien sûr il ne fut pas question de tenter une quelconque répète, ni même des réglages sérieux. Nous commençâmes sporadiquement, les musiciens entamant l'intro de bête de scène alors que je n'avais pas encore ouvert mon cahier, que j'avais d'ailleurs beaucoup de mal à lire étant donné la sombre obscurité qui étalait son voile sur la salle.
Pourtant, assez miraculeusement, nous trouvâmes une allure de croisière qui nous permit un petit succès durant les cinq premiers morceaux, les gens semblaient contents, certains venaient nous saluer, d'autres dansaient. Je me permis d'aller au milieu de la petite assemblée d'une cinquantaine de personnes. Et puis, je ne sais pas : plusieurs facteurs contribuèrent à transformer cette session en un cauchemar. D'une part les gens commencèrent à partir, d'autre part il y eut des problèmes de son dans le groupe, les guitares se désaccordant. Aucun d'entre nous n'entendait plus l'autre et dans la purée que nous servions désormais aux spectateurs il finit par y avoir trop de grumeaux pour que ce soit viable. Nous étions consternés, nous en avions marre, ce concert tournait au calvaire d'autant que parmi la vingtaine de personnes qui restaient, à mon sens plus pour faire une pause dans leur longue pérégrination, que par réel intérêt, il y avait un groupe de quatre ados, très enthousiastes, mais épouvantablement farcis, qui commencèrent à devenir très remuant, confondant rocknroll et pogo, virevoltant pirouettant, percutant les pieds de nos micros, volubiles, incontrôlables ; je tournais la tête derrière le bar, jetant des regard implorants à la serveuse, Maud, pour qu'elle appelle un ou deux des molosses de couleur (style cane corso, le sourire en moins) avachis à l'entrée afin qu'ils canalisent avec leur gentillesse coutumière l'énergie fécondes des enfultes ébriards. Las nous dûmes boire le calice jusqu'à la lie.
Un des jeunes s'était pris d'amour pour Odile et Lolo, s'approchant dangereusement d'elles. Je crus un moment qu'une émeute allait se déclencher. Je repensais, en interprétant machinalement je ne sais plus quel titre, au film les Blues Brother. Il y a une scène ou les deux compères débarquent dans un bar texan. L'estrade est protégée par un rideau grillagé. L'un des deux frères demande : ça sert à quoi ce truc ? Et le patron luit dit :Vous verrez bien ! Ils commencent leur show. C'est du Rythm and Blues. Les consommateurs, des texans profonds sont attablés. Ils se figent. Ils attendaient du country.. le plan d'après on comprend, en même temps que les Bues Brothers, à quoi sert le grillage : c'est pour arrêter les ustensiles les plus improbables dont l'assistance bombarde les chanteurs. J'aurais aimé qu'il y ait un grillage ! J'étais également dans la situation de cette femme à qui son mari fait l'amour consciencieusement et qui sous les coups de boutoirs, le corps agité de spasmes, entre deux grimaces de douleur, réfléchit aux courses du lendemain, à l'arrosage automatique, à la machine à vider, et à la leçon de danse de la petite le lendemain.. J'étais ailleurs, les autres aussi, mais pas le même ailleurs hélas. Tout ce que nous voulions, dans cette cacophonie désespérée c'était en finir le plus vite possible. Les deux derniers titres furent menés tambour battant. Jamais nous ne les avons interprétés à ce tempo. Les gosse se régalaient, il devaient se croire à une rave partie. Les adultes étaient de marbre. Et sortaient par grappes, nous abandonnant avec le dernier carré des intimes.
Quand nous avons terminé, nous étions vidés. Il m'a fallu encore discuter avec nos fans. L'un d'entre eux voulait absolument que j'annonce au micro que je ne sais quel groupe était the best in the world. Ce que je refusai avec une courtoisie mitigée. Heureusement son copain, miséricordieux, et sans doute moins farci intervint pour me dire « qu'en tous cas, tu avais assuré, mec, et bois un coup de ma sangria » ce que je fis, lâchement, pour qu'ils nous foute enfin la paix. Dix secondes après le dernier accord, le dernier coup de baguettes, on démontait déjà les câbles. En silence. Pour Pierrot c'était le courant qui n'était pas passé avec le public, pour Jésou des problèmes d'amplis les avaient gênés, Phil n'avait entendu personne, Odile avait vu toute la soirée deux types au comptoir en train de se marrer en nous regardant, et lolo ne pensaient qu'à une chose : se casser. Moi une fois de plus ma voix ne passait pas, étouffée, déformée par les enceintes mal placées accrochant le larsen au moindre déplacement. Une soirée de merde. En rangeant nous avions tous le bourdon, et je n'aurais voulu qu'une chose : rentrer chez moi et me coucher. On s'est cassé dans l'indifférence générale, déjà le prochain spectacle « sosies pourris » était sur les starting blocs. Je n'ai même pas eu envie de réclamer une boisson. Nous sommes restés un moment dehors, devant l'ancien magasin de Philou, à fumer une clope, et à dérouler notre rancœur sur le « concert de trop ».
Mais dans ce marécage émotionnel, nous ne nous sommes pas embourbés. Notamment il n'y a pas eu de récriminations faciles dans le genre, la rythmique c'était pourri, la voix merdique, la basse inaudible ou les solos exsangues. Nous avons fait corps, acceptant ce plantage comme une fatalité, un événement quasiment planifié parce que mal préparé. C'est une ratée collective, on a voulu se faire plaisir, et faire plaisir. Ça n'a pas marché ce soir-là. Trop de facteurs, dont certains ne nous étaient pas imputables ont contribué à transformer un plaisir en salle de torture. Par la suite nous avons assisté au début des sosies pourris. J'ai eu l'impression qu'on était dans la continuité dans cette soirée où la médiocrité était érigée en événement décalé et tendance. Je n'ai pas aimé le sentiment que j'ai eu à ce moment, je me suis éclipsé tandis que dans la noirceur crépusculaire de cet instant trash, se déhanchaient pitoyablement des gamines recouvertes de cartons argentés pour simuler la présence improbable des Daft Punk sous les laborieux commentaires d'un présentateur qui tentait d'insuffler une gaîté de pacotille dans ce combat perdu d'avance. Il n'aurait plus manqué pour clôturer cette soirée surréaliste qu'une exhibition de monstres de foires, ou un concours de cris de cochons, ou une compétition de « celui qui mange le plus paella par le nez », bien que j'eusse bien vu la soirée se terminer dans une piscine pour gosse de chez carouf a moitié remplie de boue, par le combat érotique des deux filles de Daft Punk sous les vivat avinés des gosses de notre concert. Après la musique de merde et les sosies misérables, nous aurions pu écrire sur la comédie humaine que n'aurait pas reniée un Zola, au milieu de cette cour des miracles. Par chance ma mère, qui devait assister à cette soirée, n'est pas venue. Je n'aurais pas supporté cette honte supplémentaire.
Las, il faut tirer des enseignements positifs de ce genre d'expérience. D'abord écouter ses copains quand ils disent qu'ils ne sentent pas quelque chose. Dans mon enthousiasme exhibitoire, je serais capable d'accepter n'importe quoi juste pour la griserie d'être en scène. Et puis toujours et encore notre son dont il va tout de même falloir qu'on s'occupe un peu un jour. Hubert nous proposé de faire l'ingé-son. Il est certain que c'est un boulot à part entière, et qu'il est difficile d'être à la fois juge et partie. Même matériellement, il est quasiment impossible de faire des réglages en cours de jeu. Il faut admettre aussi que le public est à la base de tout. Quand le courant passe, même si la prestation est perfectible, comme c'était le cas la veille ou le lendemain, tout va bien. Un sentiment d'euphorie nous gagne. Si nous étions un groupe professionnel, je dirais volontiers qu'après tout il y a un travail à fournir, quelque soit l'auditoire, mais ce n'est pas le cas. On est un groupe de potes, et le but principal, c'est de nous faire plaisir. Ou bien de se faire du blé ! Ce qui serait un bon substitut au plaisir. Mais pour l'instant nous sommes un peu condamnés à ce genre de « contrat ». nous sommes cependant d'accord sur ce dernier point : Plus de concert improvisé, mal ficelé, et dans tous les cas, sans une carotte au bout. Sinon j'ai rencontré des gens heureux de nous avoir écoutés. Même pour cette soirée minable. Les quatre ou cinq premiers titres n'étaient pas si mal, des gens ont apprécié, et ont dansé. Concernant la soirée du mercredi, Jako nous a même accordé un satisfecit. Nous avons la rock attitude. Mais notre son nous dessert, et il ne faudra pas selon ses termes, qu'on se grille par défaut de son. Il faut qu'on règle ce problème. Jako était même prêt à nous prêter sa sono. Vraiment sympa ce gars.
Au final cette soirée, sur laquelle je vous prie de m'en excuser je me suis étalé plus que de rigueur, c'est Odile qui l'a sauvée. Au bord de jeter l’éponge, ma tendre épouse a pris sur elle pour nous entraîner dans les rues et les bodégas afin de nous laver un peu l'esprit avec des images de féria. On a passé un moment chez Pablo. J'ai pu constater avec bonheur que l'interdiction de fumer dans les lieux publics a au moins cet effet positif que l'air est respirable. Les fumeurs respectent plutôt bien l'interdiction, même si ici et là quelque distrait allume sa clope. Pour finir cette soirée, nous avons terminé au Gambrinus où Christophe nous a servi une sangria. La sangria de papa c'est fini d'ailleurs. On te vend une bouteille d'un litre et demi déjà préparée. Plus le droit de fabriquer soi-même sa sangria désormais dans les bodégas. Quand on te vend de la sangria avec des fruits qui flottent, c'est essentiellement cosmétique. Et bien je l'avoue, cette sangria était honnête, ou peut être avais je soif. Une dame passablement imprégnée est même venue à notre table pour nous gratter un verre.
Le vendredi nous avons fait relâche dans la journée, afin de récupérer de la soirée calamiteuse de la veille, du moins dans sa partie « travail ». Je ne cache pas mon inquiétude au sujet de notre dernière représentation chez les Almansa. Les souvenir de la veille sont encore douloureux, et oserai je dire, nous guettons le ciel avec l'espoir qu'un orage salvateur nous délie du contrat moral passé quelques semaines auparavant. Mais si le temps est plutôt lourd, il reste stable et s'améliore même en fin de soirée. C'est donc un peu à reculons que nous arrivons tous devant le « Garage ». Il est noir de monde. Des rubans de sécurité ont été tendus afin de délimiter le carré des musiciens. Tout est déjà
installé, j'ai honte. J'ai l'impression d'être le chanteur qui arrive alors que tout a déjà été réglé. Je décide de m'octroyer un peu de boisson ambrée, celle de ma réserve personnelle qui ne me quitte pas. En effet je ne dérogerai pas de la ligne de conduite que je me suis fixée : pas de mélange, de la modération, même si mes copains, estiment que je sacrifie un peu trop au Bacchus écossais. En aparté je ne peux m'empêcher de penser à cet adage qui parle de regarder midi à sa porte, et de bien balayer devant avant que de porter des jugement hâtifs sur tel ou tel comportement alimentaire supposé. Tout finit par se mettre en place, nous grignotons quelques amuses bouches alors que la foule s'agite. Il semble que le moment approche où elle sera à point.
Changement complet d'ambiance ce soir. Le son est un peu meilleur, on a disposé les enceintes différemment. Toujours des problèmes de micro et de larsen, mais gérables. Du moment que je chante en léger trois quart droit, et que je ne bouge pas du quadrilatère de 50 cm de coté à l'intérieur duquel les ondes sonores protégées par mon corps n'interfèrent pas avec les ampli des instruments et les baffles devant, et bien sur si par ailleurs je chante la tête légèrement de coté, avec si possible le bras bien levé en l'air : ça passe ! La soirée est différente. Il y a une bonne centaine de personnes, rassemblées en une masse compacte. Ils ont envie de s'amuser, et d'écouter. Philou est au premier rang, qui reprend les refrains de nos chansons, Jérôme Isemberg à ses coté observe et surveille le comportement de notre sono et me renseigne en temps réel sur les corrections à effectuer. Même si ce n'est pas encore le concert du siècle, car il véhicule sont lot d'imperfections, il nous apporte tout de même beaucoup de plaisir. Même Odile, qui au départ ne voulait pas chanter, accepte sous la pression de l'auditoire, de reprendre New York en solo. Je vois dans le public des inconnus écouter avec attention, d'autres marquent le rythme, les filles devant reprennent les paroles, une dame me regarde dans les yeux et me sourit largement : il n'en faut pas plus pour me faire oublier les déboires de la veille.
Nous bouclons sans trop de mal notre affaire, sous les applaudissement de sympathie et les vivats d'encouragements de nos aficionados.
Hélas encore, nous cédons à la pression du public et acceptons de reprendre deux chansons. Une fois de plus ce n'était pas un bon choix tactique. Jésou avait raison : on aurait dû les laisser sur leur fin. Mais bon. Ils sont indulgents ce soir, et malgré un final très perfectible, c'est plutôt dans la satisfaction que se termine ce concert de rue.
Ce qui est très agréable ce sont les gens qui viennent après, et nous parlent. Ils ont aimé plutôt nos reprises, ou bien apprécié nos compos, ils évoquent les années 70, leurs souvenirs de boums, parlent matériel, demandent quelles seront nos prochaines dates. Les professionnels, comme Michel Creach ou Jérôme, ou bien François Lejeune sont complices, nous indiquent nos marges de progression, où nous font part de leur satisfecit. On se sent bien. Vidés mais heureux. Comme d'habitude une fois tout débarrassé, il ne reste plus rien à boire ni à manger. Heureusement que j'ai ma réserve personnelle.
Nous terminons joyeusement la soirée au Mano à Mano. La musique est bonne, l'ambiance festive et joyeuse, il y a du monde mais juste ce qu'il faut. Nous nous tenons au bar, et pour une fois je déroge à la règle. Je termine au champagne. Du Deutz tout de même. Un type me prend pour Jean Nouvel, à cause de mon chapeau. Je joue le jeu, lui aussi. Un dialogue un peu surréaliste se noue, avec la complicité d'Isenberg.
Nous reprenons notre procession, direction l'Impérator. La queue est interminable. Jean Paul Thevenon a le temps d'échanger des informations passionnantes avec deux jeunes anglo-saxonnes ; j'apprends ainsi qu'il maîtrise parfaitement la langue de Beckham, ayant passé deux ans à London. Toute cette attente pour rejoindre une partie de la bande. Quand nous entrons, ils sortent. C'en est trop : nous retournons aux voitures. Nous aurions du rester au Mano.
Autre point d'orgue de cette longue feria, le Samedi. Avec Lolo, nous rejoignons les invités des Isenberg au 33 rue de la Biche. Parcours un peu compliqué par une Enciero juste dans ce quartier. Nous y retrouvons les représentant des deux bandes du Kéké. Les Isenberg habitent, au delà d'une toute petite porte ferronée discrète, un superbe terrain arboré en léger espalier, recouvert de pelouse et agrémenté de rhododendrons en pots d'Anduze et de rosiers éclatants, enchâssé entre les hauts murs des maisons mitoyennes, bordé sur son long coté par une vaste « maison de village ». Le gros de la troupe arrive en ordre dispersé après la fin de la corrida du matin. Florence nous a honoré d'un superbe buffet. Je me jette dessus comme les choucas sur le champ de mais. Nous passons un très agréable moment. Je fais des rencontres intéressantes. Notamment un convive m'explique que plus qu'un rock basé sur le massacre consciencieux, notre jeu se comparerait plutôt à une entreprise de démolition. Nous sommes les Volpilières du Rock. J'aime bien l'analogie. Ça me donne une idée de nouveau logo pour le groupe, où pourrait figurer en bonne place une grue de chantier fracassant notre nom en briques façon titre de Ben Uhr. Ensuite une jeune femme noire adorable m'indique que mon anglais mâtiné d'accent nîmois est charmant ! Nous terminons vers 16 heures par une farandole de desserts où figure en bonne place un énorme compotier d'île flottante confectionné par Sylvie et qui me rappelle tant celle que me préparait ma mère dans mon enfance.
Nous rentrons et faisons une petite sieste réparatrice. Mais ce samedi soir, nous décidons de faire relâche. Il faut reposer un peu les muscles.
Le plat de résistance c'est le dimanche soir. Pascou reçoit le Tout-Nîmes chez Philou pour une gigantesque paella. Lolo et lui nous ont confectionné la meilleure paella que j'aie jamais mangée. Un plat prévu pour une soixantaine de personnes. Ce sont 51 convives qui répondent à l'appel du chorizo de la crevette et de la moule entre autres. Ah, tiens, au fait comment va Kéké ? demande candidement Cathou quand elle prend connaissance du nombre de personnes...
L'échantillon d'invités, très éclectique, aurait pu virer au disparate. Il n'en est rien, tout le monde se connaît plus où moins et la sauce prend très vite. Pour aider d'ailleurs, ce sont 33 bouteilles de champagne qui passent de vie à trépas pour le bonheur de tous. Quant à moi, je m'en tiens à mon strict précepte, qui me fut enseigné autrefois par un ancien fêtard : Hubert. Pas de mélanges. Je mange donc ma paella parcimonieusement arrosée de whisky. C'est goûtu !
Mentionnons une programmation musicale vite reprise en mains par Philou, qui permit à une chenille assise de faire passer les corps des femmes de mains en mains jusqu'à notre maître de cérémonie d'un soir, notre Pounet. Signalons aussi la présence colorée du peintre Etchebarria, transfuge temporaire des Landes, venu accrocher ses toiles à la salle « mon espace ». Miguel et son copain Henri, ancien footballeur professionnel devenu espincher de jeunes talents ont contribué à animer cette soirée. N'oublions pas les piliers de bars habituels, le Baou, le Barde, le Leader Maximo, Jérôme et François, Tonton Jacques, Philou, Pascou, Bruno, Phil, Laurent et d'autres dont je ne saluerai jamais assez la volonté d'airain et la constance dans l'acharnement à démontrer qu'en matière de consommation alcoolique ils savent être bien meilleurs que moi ! Quant à moi, j'ai préféré piétiner les plate-bandes du Kéké en allant murmurer à l'oreille de leurs femmes pour une fois. Et je suis loin d'avoir trouvé l'exercice déplaisant ! Si, tout de même, avec Jérôme nous avons longuement développé le thème du principe d'Isenberg, également connu sous le nom de principe d'incertitude. Tu sais où ou quand, mais tu ne peux jamais prédire ou et quand. Bon, nous avons appliqué ce principe à des cas très variés de la vie de tous les jours, et Jérôme a convenu que ce principe allait lui être très utile à l'avenir.
Pour conclure cette soirée, une petite visite au Lulu Bar nous a confirmée que les backrooms étaient toujours à l'étage, près des pipirooms. Nous avons passé une heure dans ce lieu charmant et pittoresque avant de rendre les armes et de nous pieuter enfin vers 5h30 du matin. Odile et moi avons dormi chez l'habitant, rue Carnot. Une légère fringale m'a amené à chercher dans tous les placards un morceau de pain. Les portes étaient opportunément munies de pendentifs métalliques dont la sonorité à type de clochette finit au bout de dix minutes par alerter Lolo malgré le soin que j'avais mis à ne pas faire de bruit. Afin que je cesse mon activité elle me trouva un quignon. Je pus enfin me coucher à mon tour.
Quelle belle Feria !
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